Les images du Christ

par Alexandra Duchêne, Imagesmag, 2000

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En 2000, l'exposition de la National Galery de Londres sur les représentations du Christ présentait, entre autres, une Crucifixion de Salvador Dali. L'auteur propose une étude du tableau, dans ses dimensions symbolique, historique et spitiruelle.

 

 

Les jeux olympiques nationalisés

par Vicky Ooma, Imagesmag, 2000

A partir d'une description des pages d'écran de sites d'informations sportives de pays différents, puis des affiches des JO, l'auteur pose la question d'une vision nationale de cette rencontre sportive pourtant internationale.

 

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Les Maîtres de la bande dessinée

Pierre Fresnault-Deruelle, Professeur à l’Université de Paris I - Panthéon - Sorbonne

En 2000-2001, la BNF organisait une rétrospective sur la BD, lui reconnaissant ainsi droit de cité au sein des moyens d’expression de notre société.  Retour sur l’exposition à travers l’article de Pierre Fresnault-Deruelle, Professeur à l’Université de Paris I - Panthéon – Sorbonne: « Les Maîtres de la bande-dessinée »

Affiche de l'exposition Les Maîtres de la bande dessinée (BNF, 10/10/2000- 7/1/2001)

QUOI

Une exposition

Le carton d’invitation, tout comme la couverture du catalogue de l’exposition Maîtres de la bande dessinée européenne (BNF, 10/10/2000- 7/1/2001), représente le célèbre lapin névrosé de Régis Franc. Assis à sa table de travail, comme l’est un cartoonist, il est évidemment le porte-parole de l’auteur. Le programme de la manifestation est là, qui nous montre un animal humanisé, ce dont raffole la BD, et, dans le même temps, un praticien qui, réfléchissant à ses propres « petits mickeys », fait un retour critique sur cette forme moderne de la narration figurative. La BNF s’avisant de voir dans la BD un authentique moyen d’expression propre au XXe siècle organise donc en cette fin de millénaire un hommage au 9e art : il était temps !

COMMENT

Les animaux humanisés

bd02_onNotre emblématique rongeur, curieusement, a été installé ici sur un fond rose fuchsia, d’un goût douteux, ce qui contraste avec le choix particulièrement bien venu, lui, de la couleur des murs caractérisant chacune des sections de l’exposition. A cet égard, l’on dira volontiers que la promenade, un rien labyrinthique, à laquelle le visiteur est convié, ajoute au plaisir de la découverte. Les grandes articulations de la promenade sont clairement signalées, mais ces dernières laissent au promeneur l’occasion de se perdre un peu, ce qui est le meilleur moyen de se laisser surprendre. Les planches, judicieusement choisies par le commissaire (Thierry Groensteen), forment une véritable anthologie et leur accrochage est réalisé de telle sorte que l’éclairage (bien dosé) permet aux œuvres de briller de leur propre plasticité. La France, la Belgique, l’Italie et la Grande-Bretagne se taillent la part de lion, ce qui est après tout normal, eu égard aux productions nationales. Quelques absents de marque, toutefois (mais comment être exhaustif ?) : Jacques Martin (et ses premiers Alix) Vandersteen (auteur prolifique et besogneux, mais qui produisit l’inoubliable Fantôme espagnol), André Juillard (le Cahier bleu), Nicole Claveloux (la main verte), Tillieux, Peyo, F’murr, Mandryka, Jano, Morris, Florence Cestac, Geluck, Yslaire, etc.

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Revenons à notre lapin. Il est l’avatar de mille autres animaux qui peuplent les comics européens (ou américains, mais là n’est pas le sujet), à commencer par les person-nages de Benjamin Rabier qu’Hergé embrigada, d’ailleurs, l’espace de quelques cases, dans Les soviets.

bd04_onParmi les séries animalières qui jalonnent l’histoire de la BD européenne, on doit évidemment signaler Calvo (La bête est morte, plusieurs fois réédité), judicieusement traité par Groensteen, et dont le trait disneyen et la « gravité enjouée » ont connu un fort succès à la Libération. D’une manière générale, cette « lafontainisation » du monde animal (encore modeste avec Pif le Chien, Placid et Muzo) est à l’origine de mondes si drôlement décalés du nôtre qu’opère le plus souvent un charme irrésistible : celui-là même, si fantasmatique, qui, déjà, au XVIe siècle poussaient à « retrouver « dans les traits de telle ou telle bête ceux dont certains hommes semblaient trahir les stigmates. Parler d’excellence à propos des séries de Macherot bd05_on(Chlorophylle contre les rats noirs) n’est pas se payer de mots ; mais, c’est, sans doute, André Franquin et son Marsupilami qui atteindra la créativité la plus débridée qui soit. Affectueuse ou colérique, la rebondissante bestiole donne une assez bonne idée du potentiel « bédéïque » qui veut que, d’une case à l’autre, le dessinateur ait en principe toute latitude pour développer les moments les plus fous, chargés de malmener la grille, sagement établie, des cases. Seuls Jacovitti (Coco Bill), Goscinny et Uderzo (Astérix) - mais nous quittons la veine animalière - sauront insuffler aux BD du vieux continent l’énergie graphique produite qu’on se plaît à vanter ici.

L’anti-Hergé

bd06S’il nous fallait choisir une seconde vignette emblématique (nous en proposerons quatre), nous retiendrions une image du hollandais Joost Swarte, le plus doué, comme dit Pierre Sterckx, des épigones d’Hergé. Le père de Tintin étant connu de tous, focalisons donc sur une case de l’auteur de L’art Moderne. D’évidence Swarte, qui reprend à son illustre devancier la « ligne claire » (l’expression, au reste, est de lui), nous offre un monde graphique familièrement étrange : ses dessins ont la lisibilité des maîtres de l’Ecole de Bruxelles (Hergé, Jacobs, Martin, de Moor, Cuvelier Tibet, Funcken) ; ils ne sont pas, non plus, sans lien avec ceux que Bruno Lecigne put appeler les « Héritiers d’Hergé » : Tardi, Ted Benoît, Floc’h, Ceppi, van Den Boogaard, Goffin, Briel, etc.. Mais alors que ces derniers revendiquent, sauf exception, l’« aseptisation » plastique des aventures contées, Swarte subvertit l’esprit de l’auteur des 7 boules de cristal. Le monde de Swarte, qui procède à la fois de l’aspect clean de Tintin, voire de la sécheresse de De Stijl ainsi que, paradoxalement, de la truculence sulfureuse de Robert Crumb, s’est développé dans la mesure où son dessin, bien délié et homogène, pouvait agréger les éléments les plus improbables, voire les moins convenables (à tous les sens du terme).

De fait, Swarte procède d’une tradition qui, à travers Hergé qui l’a vraiment codifiée, prend ses racines tant chez les américains McManus (Bringing up Father/Illico) et Mar-tin Branner (Perry Winkle/Bicot) que chez les français Alain Saint-Ogan (Zig et Puce), Christophe (Le Sapeur Camembert, Le savant Cosinus), lui même descendant du Suisse Töpffer.

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Personnages féminins

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Notre troisième case exemplaire sera puisée chez Claire Bretécher. Célèbre pour les personnages de Cellulite et d’Agrippine (Les Frustrés), elle rédige la chronique d’un temps où les classes moyennes, manquant de colonne vertébrale, passent leur temps, avachies, sur des fauteuils mous, à parler de leur nombril. L’effet est saisissant et ne cesse véritablement de nous amuser. Sans doute une partie de cette impression vient-elle du fait que, d’une part, nous savons l’auteur être une dessinatrice et que, d’autre part, la population féminine de Bretécher est l’objet d’une constante mise en boîte. Coupant l’herbe sous le pied des « machos », Bretécher balaie donc devant sa porte. Maniant la caricature comme personne, elle campe des personnages dont le narcis-sisme est d’autant plus mal placé que les personnages en question sont peu regardants sur eux-mêmes. Ce filon, auquel personne n’avait songé, semble intarissable… comme est infini l’aveuglement humain (dans cette veine, Florence Cestac commence à prendre le relais). À bien y regarder, cette « critique de l’école des femmes » procède d’un retournement dialectique qui a consisté à reprendre aux hommes « leur bien ». On veut dire que les femmes et leurs images, tant de fois magnifiées ou ridiculisées, sont pour la première fois moquées par leurs soins, ce qui change tout. Malgré tout, rendons à César ce qui lui appartient : Bretécher, avec ses impayables créatures, a sans doute pu trouver son créneau parce que des BD, avant elle, ont arraché les femmes à leur rôle de poupées ou de souffre-douleur : La Modesty Blaise de James Holdaway (strip anglais en noir et blanc) et l’œuvre de Jean-Claude Forest, Barbarella, ont d’évidence joué un rôle décisif en la matière.

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Leurs héroïnes sont autre chose que des faire-valoir. Ne retenons pour faire court que Forest, qui connut dans les années 60 les foudres de la censure. Il est l’un des inventeurs de la BD « littéraire », qu’on appellera plus tard les « romans graphiques » (ou s’illustre, entre autres Hugo Pratt et la saga des Corto Maltese). Les récits de Forest, pleins de fantaisie, et pour tout dire imprévisibles, servis par un dessin admirable, ont quelque chose de surréaliste. La science-fiction n’y est qu’un prétexte pour développer à loisir les possibles plastiques d’un bd10_onmonde gouverné par le désir de revisiter Jules Verne, la mythologie grecque ou… le cinéma de Vadim ! Barbarella, sœur bédeïque d’une Brigitte Bardot naïvement délurée, promène son corps de déesse au milieu de décors dont se souviendront Robert Gigi (Orion) et Jean-Claude Mézières (Valérian et Laureline). Barbarella ouvre triomphalement la voie à une BD adulte qui prend le parti de se distinguer (enfin) des médiocres BD dites « pour adultes ! Les filles qui peuplent les dessins de Forest n’ont pas alors, en Europe, d’équivalents ; elles annoncent en revanche la superbe et peu orthodoxe Valentina de l’italien Guido Crepax, pour ne rien dire des héroïnes de Guy Pellaert (Jodelle et Pravda) ou de Georges Pichard.

 

bd11_onS’il fallait trouver des aînées à Barbarella, ce serait naturellement du côté de l’Amérique qu’il faudrait se tourner, vers les « Tarzane « et autres Wonderwomen. Mais l’on sent bien qu’entre ces héroïnes de papier, correspondantes érotiques des machos volants du Space Opera, et la créature libérée de Forest, il manque un maillon, qu’on ne trouvera qu’avec les vampsde Milton Caniff, avatars, elles-mêmes des stars des films noirs des années 40 et 50. Au-delà de l’érotisme réjouissant de Jean-Claude Forest (citons encore Hypocrite et N’importe quoi de cheval), c’est, in fine, l’étonnante capacité d’invention poétique de l’auteur qui frappe le lecteur : celle qu’on retrouve à l’état pur, dès le début du siècle chez l’Américain Winsor McCay (Little Nemo in Slumberland), invention poétique dont, de ce côté-ci de L’Atlantique, Fred, au premier chef, se souviendra avec bonheur (Les aventures de Philémon).

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NOTRE ANALYSE

Un génie à part : Francis Masse

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Pour quatrième et dernier document, on convoquera un dessin de Francis Masse.. In-justement méconnu, cet artiste de grand talent (auquel la revue 9e Art, janvier 2000, rend un hommage appuyé) est le frère, en folie graphique, de Boucq et de Reiser (Vin-cent Baudoux, dans le catalogue le rapproche encore de l’allemand König). Maître in-contesté de la dérision la plus vacharde, Francis Masse qui produit ces deux chefs-d’œuvre que sont Mémoires d’outre-terre et Les deux du balcon doit quelque chose à Goya. Un Goya qui serait, certes, moins atroce que l’auteur des Caprichos, même si Masse, qui ne croît en rien, nous parle de la fin de notre monde et de l’incapacité con-génitale des hommes à s’amender.

L’alacrité de Masse, dont le charbonneux des images dit bien la noire Connerie des temps, est aussi réjouissante que terriblement juste. Ce dessinateur porte à un point sans doute inégalé le génie de la BD, dont les premières manifestations étaient comme on sait invariablement comiques, mais où l’esprit de divertissement (même fortement teinté de satire) était à cent lieues de la rage qui se manifeste ici. Avec des personnage englués dans leurs habitudes, les décors pèsent des tonnes : raison pour laquelle le dessin de Masse, d’une manière générale, ne s’« en sort » qu’avec l’immixtion récurrente de bulles amphigouriques à souhait.

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Proche du « surréalisant » Mandrake, qui avait pour caractéristique de produire le plus possible de « coq à l’âne visuels », Masse comprend que son univers, constamment menacé de retourner à son inanité première, a non moins constamment besoin de sang neuf. Mais, à l’opposite du héros de Lee Falk et Phil Davis, les créatures de Masse n’ont ni la prestance ni la prestesse des magiciens. Elles ne maîtrisent rien et ce qui leur arrive ne peut être de leur fait. Nous sommes aux antipodes de la puissance de Mandrake (pour qui vouloir, c’est immédiatement pouvoir), ce qui ne peut plus nous émouvoir désormais. En revanche, parce qu’ils laissent les personnages de marbre, les catastrophes et autres coups de théâtre convoqués par Masse, nous font le plus grand effet. Entre la démesure et la litote, le lecteur, sommé de raccorder « l’inraccordable », assiste, effaré, à l’émergence d’un monde radicalement, sinistrement, joyeusement loufoque.

Dans un récent ouvrage consacré à Hergé, nous déclarions que la fixité de l’image était, pour la BD, tout le contraire d’un handicap : une aubaine. L’exposition Maîtres de la bande dessinée transpose sans déperdition tout le parti qu’on peut tirer de l’inertie des personnages de papier. Murs et vitrines deviennent des réceptacles où Max (El gri-to), Moebius (Arzach), Schuiten (L’enfant penchée), Buzzelli (La révolte des ratés) Emerson (Casanova’s last strand), Mattotti (Murmure), Loustal (Kid Congo), mais aussi Reg Smythe (Andy Capp) Jeff Hawke (Sydney Jordan), et tant d’autres, déclinent des récits, en couleurs ou en noir et blanc, dont l’économie graphique est à l’origine d’inoubliables scénographies.

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La BD – rappelons-le – n’existe que dans le mouvement qui la pousse à scinder ses dessins de sorte que le lecteur puisse contempler d’un seul tenant le début le milieu et la fin d’une action ; ce qui - hormis l’exception des polyptyques médiévaux - fait de la BD un genre absolument spécifique. Ce n’est pas la nouvelle génération des cartoo-nists dont « L’Association » (JC Menu, Killofer, Trondheim, David B, etc.) constitue un des lieux les plus prometteurs, qui nous contredira sur ce point.

Références

Maîtres de la bande dessinée européenne, sous la direction de Thierry Groensteen, catalogue d'exposition, Bibliothèque nationale de France, éditions Seuil, 2000.

Les timbres-poste, matériau de l’histoire

par Michel Coste, chercheur à l'EHESS, Paris, ImagesMag, 2000
Auteur du Panorama des timbres du Musée de la Poste, Paris, www.laposte.fr/musee

A l'occasion de l'exposition au Musée de la Poste à Paris en 2000 d'une partie du travail de recherche sur le timbre-poste réalisé par l'ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, l'auteur retrace l'histoire de ces visuels qui ont nourri l'imaginaire de plusieurs générations et servi les intentions politiques des dirigeants avant d'être remplacés par le téléphone et internet.

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Lucy Pearl

par Fabienne Dumont, ImagesMag, 2000

S'appuyant au départ sur l'analyse du clip vidéo du groupe de musique Lucy Pearl, l'auteur brosse un aperçu de la représentation visuelle de la musique et présente une réflexion sur les messages que cherchent à faire passer les publicitaires pour "vendre" à la fois un produit (spectacle, disque...) et une image (modernité, intégration, érotisme...).

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Marchand de rêve

par Alexandra Duchêne, Imagesmag, 2000

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Analysant la page d'écran d'un site internet américain qui propose aux internautes de devenir une star, l'auteur décrypte les méthodes qui permettent de "faire naître le rêve", dans la tradition des affiches de cinéma américain.

 

 

 

MEDIA-TERRORISME ET CONTENTION MEDIATIQUE

Le 11 septembre 2001 a inauguré une nouvelle ère dans le terrorisme. Certes, le terrorisme, depuis les anarchistes au XIXe siècle, a toujours cherché à frapper en visant des symboles. Mais le 11 septembre a montré une construction médiatique des événements : une scénarisation. L’aspect filmique du 11 septembre avec un scénario hollywoodien et des événements successifs fut frappant. D’autant plus frappant d’ailleurs que les images furent particulièrement « pauvres », peu cinématographiques, agitant fortement les imaginaires par absence d’images.

Mode éthique ?

par Julie Despinasse

Publicité magazine, parue en septembre 2012 en France, de la marque italienne Brunello Cucinelli

QUOI ?

Une énigme publicitaire

Voilà une publicité magazine parue en septembre 2012 en France. Elle montre des mannequins femmes et hommes portant des vêtements de la marque italienne Brunello Cucinelli. Ils descendent d'une ville fortifiée datant du Moyen-Age et transformée à la Renaissance, qui doit être Bagnoregio (puisque ce nom est écrit en bas avec de très petits caractères à gauche). Cette photographie prise au soleil couchant avec teintes automnales est surmontée d'une phrase au centre, comme une devise : "L'Etat est la réalité effective de l'idée éthique".

Notons qu'un mannequin est probablement d'origine africaine et une de ses collègues d'origine asiatique.


COMMENT ?

La plus-value de l'imaginaire

Nous serions bien en peine de trouver, parmi les célèbres affiches de Jules Chéret à la fin du XIXe siècle (le propagateur de l'affiche publicitaire en couleur grâce à la chromolithographie), des publicités pour la mode. Et pourtant, Chéret avec ses "chérettes" ne cesse de représenter des jeunes filles fraiches et gaies habillées dernier cri. L'époque n'est en effet alors ni aux grands couturiers stars, ni à l'industrie du luxe.

Dans les années 1950, ce sont encore les modistes ou les magasins de mode locaux (comme ici à Mulhouse) qui sont mis en avant. Le message est direct et clair : la femme sera élégante comme celle représentée dans la publicité.

Publicité de mode, années 1950

Désormais, le paysage a totalement changé. La société de consommation a développé un marché du vêtement considérable avec une accélération des modes. Les habits ne se portent plus pendant des années et toutes les classes sociales (riches ou pauvres) et toutes les populations (villes ou campagnes) sont touchées avec une panoplie de prix très large. La grande force des marques de luxe est d'imposer un savoir-faire artisan des créateurs pour quelques clients à travers la haute couture, qui vend en fait la "griffe" (le nom de la marque) dans le prêt-à-porter et les produits dérivés (parfums, sacs, accessoires...) Des marges financières très importantes sont réalisées uniquement grâce à la plus-value de la marque mais sans relation avec le coût de fabrication du produit. Cela incite évidemment à multiplier les faux de contrebande.


 NOTRE ANALYSE

Les médias, des “fashion victims”
Les marques en plein “charity washing”

Contrairement à d'autres domaines de la consommation, il n'y a pas de remise en cause des marges financières des marques. De plus, même chez les jeunes, le culte de la marque (Lacoste dans les banlieues) plébiscite le secteur. C'est en effet un secteur économique particulièrement important en France. D'abord parce qu'il fait travailler beaucoup de monde avec la tradition bien ancrée de Paris comme plaque tournante (la "mode de Paris" se vendait déjà dans l'ouest américain à la fin du XIXe siècle), même si l'Italie ou les Etats-Unis progressent. Le tourisme (la France étant la première destination touristique au monde) incite à la multiplication des boutiques dans la capitale, transformée en ville-vitrine. De plus, les médias ont de très grandes difficultés à survivre depuis la révolution Internet. Alors, la part dans leurs recettes des budgets de publicité de mode est considérable. Ainsi, Le Monde ou Libération sortent des magazines qui sont de purs prétextes à annonces textiles. Fragiles, ils ne peuvent plus vraiment critiquer ce qui les fait vivre.

La mode est devenue taboue.

Mais le tour de passe-passe d'une plus-value juste due à la griffe va-t-il pouvoir continuer ? Des pays en crise vont-ils encore supporter le coût pharamineux des produits et – pour les moins chers sans griffe, leurs obsolescence due à la mauvaise qualité –, exorbitant pour un budget moyen ?

La question morale se pose.

Voilà ce qui explique les nouvelles tendances publicitaires. Dans tout ce monde du franglais faisant florès, nous avions le "green washing" (se justifier par un affichage écologiste) et le "charity business" (faire de l'argent grâce à la mise en avant de causes caritatives, relançant les carrières des vedettes), désormais s'implante le "charity washing".

Publicité magazine pour la marque Vuitton

Regardons la publicité magazine de la multinationale Louis Vuitton (groupe LVMH). L'actrice Angelina Jolie avec un sac Vuitton, maquillée, est placée sur la barque d'un beau paysage cambodgien (le lieu est noté en petit en bas à gauche). Le "Un seul voyage peut changer le cours d'une vie" (le slogan), laisse supposer qu'elle n'est plus la même depuis son engagement caritatif. L'indécence d'une telle publicité se révèle extrême car tout y est faux : la nature de la représentation comme son sens. Quel rapport entre l'industrie du luxe et le caritatif ? Que fait vraiment cette actrice sur le terrain ? A-t-elle besoin d'un sac de luxe pour aller voir les prétendus "pauvres" (absents de l'image) ? LVMH a-t-il une politique de versement d'argent à des ONG et dans quels buts ? Quelle est la politique sociale et de commerce équitable du groupe ? A-t-on consulté les populations locales ?

En fait, l'industrie du luxe est florissante tandis que la crise précarise des parties importantes des populations. Alors, sembler prendre la défense des pauvres est une façon de devancer les récriminations éventuelles à venir (du type : avec la crise, le luxe est indécent, aussi indécent que la concentration de l'argent dans les mains de quelques-uns). La publicité a ainsi toujours cherché à accompagner les mouvements d'opinion naissants. Cela fut net après les mouvements internationaux en 1968. Alors quand, depuis un an et demi, Laurent Gervereau met en ligne gratuitement la première ébauche de son livre Le Local-global. Changer soi pour changer la planète, la marque Rolex titre pour ses Awards : "Chacun de nous peut changer le monde", cela fait recyclage hâtif (alors que la Rolex est devenue en France synonyme du "bling-bling", l'affichage outrancier et vulgaire de sa richesse au temps de Nicolas Sarkozy). Belle récupération sans citation en tout cas, premier aspect. Second aspect : Rolex aide-t-elle vraiment ces changeurs de monde ?

C'est tout à fait la même chose pour Cucinelli, sauf qu'un palier supplémentaire a été franchi. La marque de mode se permet de donner des leçons d'éthique et de politique (en voulant insinuer aussi son multiculturalisme à travers le choix des mannequins). Terrain glissant. Car il faut être en France, ce pays traumatisé par des siècles de morcellement et de guerres intestines, pour croire aveuglément aux bienfaits par principe de l'Etat central. Aux Etats-Unis, beaucoup de personnes (et pas juste les conservateurs) pensent que le dépérissement de l'Etat est la condition essentielle pour défendre les libertés individuelles. L'Etat central est, au contraire, vu en France comme régulateur et fédérateur. Toute la question d'avenir réside dans son efficacité, sa mobilité, son impartialité et sa capacité à peser sur les choix supranationaux.

Le publicitaire l'associe à l'éthique. Finalement, il rejoint ceux qui pensent que seuls les Etats peuvent réguler les marchés financiers déréglés et apporter de la justice. C'est d'abord ignorer l'action des citoyennes et des citoyens au niveau local et en réseau. Mais, la question principale est autre. Pourquoi vendre des vêtements chers autorise-t-il à faire des leçons de morale ? Cette entreprise est-elle éthique dans son fonctionnement, dans sa hiérarchie des salaires, dans la répartition des bénéfices, dans son rapport avec les sous-traitants, dans son inscription sociale et environnementale, dans le choix même de ses matériaux ? Voilà les vraies informations qu'appelle ce type de réclame.

Si les entreprises de mode, pour conjurer leur futilité, insistent sur des principes, il va falloir que leur communication justifie clairement leur application par elles-mêmes au-delà de tous les lavages "green", "charity", "ethik", sous peine de rapidement être attaquées, pas par les médias probablement mais par les nouvelles possibilités d'expression des consommateurs-citoyens.

Regarder une publicité de vêtement aujourd'hui suppose donc de se poser toutes ces questions fondamentales.

 

Photo du défilé des footballeurs de la Seleçao Brasileira (équipe du Brésil) à Rio de Janeiro

par Ana Claudia FONSECA BREFE, Imagesmag, 1998

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La défaite de l'équipe nationale du Brésil lors de la coupe du monde de football en 1998 donne l'occasion de retracer l'historique du jeu collectif, depuis son origine britannique jusqu'à l'appropriation nationale qu'en fait le Brésil. L'article propose une approche sociologique du lien très fort qui unit la population au football.

Pokemon

par Serge Tisseron, ImagesMag, 2000

Le jeu de Pokémon, sur images fixes et sur jeu vidéo, a l'efficacité d'un conte de fées : dans le premier jeu, l'enfant regarde une image de lui-même et/ou de ce qu'il voudrait être, dans le second il projette ce qu'il souhaiterait vivre. Dans les deux cas, il s'agit de dépasser des épreuves, de trouver son chemin avec comme adjuvant un adlute bienveillant.

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Publicité magazine pour le film Star Wars Episode 1

Cette analyse vous est proposée par l'équipe de l'image, 1999

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La campagne publicitaire autour de la sortie du film Star Wars Episode 1 (novembre 1999) emprunte aux méthodes de l'information. Une analyse approfondie des composantes du visuel édité en magazine et de ce qu'elles induisent, en particulier sur une attitude occidentalo-centrée, conduisent les auteurs à des conclusions d'ordre sociologique.

 

 

 

Roms = voleurs ?

Par François Robinet, Maître de Conférences en histoire contemporaine à l'Université de Versailles Saint-Quentin-en- Yvelines.

En partenariat avec l'INA.

Tim ou le pouvoir du dessin de presse

« Il m’arrive d’envier mon compagnon de L’Express. Il commente l’actualité ses œuvres restent. Nos éditoriaux ne résistent pas à l’usure du temps.

Cet éloge du dessinateur de presse TIM (Louis Mitelberg, 1919- 2002) par Raymond Aron est également un hommage rendu au pouvoir des images. L’idée qu’un dessin puisse rivaliser avec un éditorial ne va pas de soi. L’image dans la presse est souvent considérée comme un divertissement, un espace de repos pour l’œil et trop souvent comme une illustration du propos du rédacteur. Pourtant l’exemple de TIM, premier dessinateur de presse à intégrer le comité éditorial d’un journal français (L’Express en 1977), invite à reconsidérer la place du dessinateur dans un journal et la portée de ses créations. A travers une série d’articles autour de TIM, le site [Décryptimages] propose d’aborder la question du dessin de presse aussi bien du point de vue des mécanismes rhétoriques qu’il emploie que de la création artistique.

Un absent très présent : De Gaulle

Par François Robinet, professeur agrégé d'histoire, doctorant à l'Université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines.

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En partenariat avec l'INA.

un tableau de Nicolas Poussin

Ce module autour d’un tableau de Nicolas Poussin a été mis au point pour donner un exemple d’éléments de base dans l’analyse d’une peinture, première sensibilisation conçue par Manon Potvin du Musée du Louvre en 2000 pour le site imagesmag. Il eut un grand succès et nous sommes heureux de le remettre à disposition.

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Vendre des HLM à la planète ?

par Vicky Ooma, Imagesmag, 2000

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L'approche de l'auteur diffère de l'analyse d'une publicité, en ce sens qu'elle porte sur une photographie qui inclut à la fois le visuel publicitaire et son environnement, notre quotidien. Au-delà du symbole de réussite de la marque, la question porte sur ce qui est effectivement proposé : un mobilier bon marché pour la planète.