La Raison des gestes dans l'occident médiéval

     SCHMITT Jean-Claude, La Raison  des gestes dans l'Occident médiéval, Gallimard, Paris, 1990

 

 

 

Charlemagne se tord la barbe et pleure ; devant Guillaume le Conquérant, Harold prête serment les mains posées sur des reliques ; les bras tendus, le prêtre élève l'hostie que les fidèles, à genoux et les mains jointes, fixent du regard ; tous font des signes de croix. Qu'ils nous surprennent ou nous paraissent aujourd'hui encore familiers, tous ces gestes sont liés à une culture et à son histoire. Car il n'existe pas de gestes " naturels ", mais des usages sociaux du corps, propres à chaque civilisation et qui changent au cours du temps. Ce livre explore l'histoire des gestes en Occident, depuis l'Antiquité tardive jusqu'au Moyen Age central. D'entrée de jeu, il souligne un problème crucial : l'historien, à l'inverse de l'ethnologue ou du sociologue, n'atteint pas directement les gestes du passé, mais toujours, dans des écrits ou des images, des représentations des gestes qui en sont aussi des interprétations données par la culture du temps. Ce qui déplace et enrichit le questionnaire de l'historien : qu'est-ce que " faire un geste " dans la société chrétienne du Moyen Age ? Comment juge-t-on à cette époque le corps, son mouvement et ses attitudes ? Existe-t-il alors une ou des théories du geste ? Ainsi le spectacle des gestes est-il un défi permanent lancé à la raison qui cherche, non sans difficultés ni malentendus et à chaque époque d'une manière nouvelle, à imposer aux gestes un ordre et du sens. C'est dans cette dialectique des gestes et de la pensée, à laquelle les clercs du Moyen Age ont donné en leur temps une expression systématique, que s'est construite au cours des siècles une culture singulière du corps et de ses usages.

Le Corps des images. Essai sur la culture visuelle au Moyen Âge

     SCHMITT Jean-Claude, Le Corps des images. Essai sur la culture visuelle au Moyen Âge, Gallimard, Paris, 2002

 

 

 

Il est devenu banal de dire que nous sommes entrés dans la "civilisation de l'image". Les images animées, numériques, virtuelles façonnent notre monde avec une force sans précédent. Mais elles s'enracinent aussi dans une longue histoire, où la chrétienté médiévale a joué un rôle décisif : en osant -contre le vieil interdit biblique- faire et "adorer" les images, et même donner figure humaine au Dieu incarné, le Moyen Age a ouvert d'immenses possibilités à la création plastique et à l'imaginaire individuel et social.

Ce livre s'attache à saisir ensemble, dans leur développement historique, les conceptions de l'imago médiévale et les pratiques rituelles (religieuses ou politiques) et fantasmatiques dont les images furent l'objet depuis le Haut Moyen Age jusqu'à la Renaissance et la Réforme. Aux images matérielles, en deux ou trois dimensions, l'auteur associe les images visionnaires et oniriques qui permettaient de les légitimer et de se les approprier, comme s'il s'agissait de personnes vivantes, douées de corps et de sang, de parole et de mouvement...

L'image n'est jamais seulement un "objet d'art", et moins encore l' "illustration" des textes. Elle est l'une des manières par lesquelles une société se re-présente le monde, c'est-à-dire se le rend à nouveau présent pour le penser et agir sur lui. C'est l'ambition de ce treizième volume de la collection "Le Temps des images" d'en faire la démonstration.

La mort dans les yeux. Figure de l'Autre en Grèce ancienne

      VERNANT Jean-Pierre, La Mort dans les yeux. Figures de l'Autre en Grèce ancienne, Hachette, Paris, 1985

 

 

Pourquoi le masque de la Gorgone doit-il pétrifier celui qui le regarde ? Et pourquoi son expression grotesque et terrible porte-t-elle la mort dans les yeux ? Dans la Grèce antique, certaines puissances divines - Gorgô, mais aussi Artémis et Dionysos - expriment ainsi l'angoisse qui naît des inquiétantes étrangetés dont s'accompagnent les passages de la civilisation à la sauvagerie, de l'enfance à l'état adulte, de la vie à la mort. C'est dans cet effroi que se pose, pour toute une culture, la question de l'Autre et de ses métamorphoses.

Vases grecs. Les Athéniens et leur images

       LISSARAGUE François, Vases grecs. Les Athéniens et leur images, Hazan, Paris, 1999

 

 

Sur les parois des vases grecs, athéniens en particulier, se déploient aux VIe et Ve siècles av. J.-C. des images dont la quantité et la variété intriguent.

Ce livre cherche à rendre compte de ce phénomène peu commun, à guider l'œil du spectateur : du vase tenu en main, remis dans son contexte, aux figures qui en animent la surface. Ainsi sont abordés différents aspects de la culture et des croyances athéniennes, en insistant sur leur traitement visuel. Les peintres de vases en effet ne reproduisent pas le réel, ils le mettent en scène par une série de choix qui a sa logique, sociale et esthétique. Chaque image en appelle une autre et s'éclaire de cette proximité, à travers de grandes thématiques : banquets, compétitions athlétiques, sacrifices et offrandes aux dieux... La dimension mythologique de la culture grecque avec Héraclès et Dyonisos, par exemple, fait partie intégrante de ce réseau imagé. Ces vases, supports privilégiés d'une histoire donnée à voir, offrent au buveur la liberté d'interprétation poétique, marque d'une culture autant visuelle que verbale.