• Un autre regard : DES IMAGES POUR REFLECHIR SUR NOTRE PLANETE

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  • Transporter. Quoi ? Ou ? Avec quelles énergies ?

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  • VOIR / NE PAS VOIR LES

    VOIR / NE PAS VOIR LES "HANDICAPS"

  • Exposition : Une petite histoire de la BD

    Exposition : Une petite histoire de la BD

édito

Les pensées confettis

Nous vivons singulièrement deux périls opposés de façon simultanée : l’uniformisation et la parcellisation. L’uniformisation est constituée par la marchandisation de la planète, sa normalisation et sa standardisation : les mêmes produits de masse partout, les mêmes modes vestimentaires ou de pensée. La parcellisation est son pendant : chacune et chacun dans son coin ou replié sur sa communauté réelle et virtuelle.

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decryptcult #10, l’édito de Laurent Gervereau

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Notre thème du mois : Ville-campagne, la fin de la séparation

Jean Louis Auguste Commerson publia en 1851 les Pensées d’un emballeur, où est glissée cette réflexion : « Si l’on construisait actuellement des villes, on les bâtirait à la campagne, l’air y serait plus sain." Il est ainsi l'auteur de cette pensée paradoxale devenue célèbre et souvent attribuée à Alphonse Allais (brillant manieur de paradoxes par ailleurs, célébré à juste titre par François Caradec). Aujourd'hui, les nuages de pollution se déplacent au gré du vent et on peut être plus pollué en forêt de Fontainebleau qu'à Montmartre. 

Les séparations campagne-ville ne sont donc plus de mise. Mille signes annoncent ce grand basculement. D'abord, la diffusion des images et des produits industriels de masse (t-shirts, téléphones portables, sodas...) s'opère désormais partout sur la planète, conduisant à des mutations profondes des modes de vie même dans des zones difficiles d'accès et aux mutations jusqu'alors lentes. Cela s'accompagne souvent d'interventions extérieures pour modifier les habitudes agraires ou d'élevage. Les cultures vivrières traditionnelles régressent par rapport à des monocultures d'exportation qui rendent le paysan, non pas acteur de la vie locale, mais ouvrier agricole dépendant de firmes et de marchés qui lui échappent. L'acculturation planétaire est ainsi massive menant à la multiplication de consommateurs passifs dépendant des produits industriels.

Cependant, il faut modérer le propos car ce paysage se trouve contrebalancé heureusement par plusieurs phénomènes. D'abord, la prise de conscience de la nécessité d'un retour au local. Face à l'uniformisation des modes de vie, à l'impuissance politique (impuissance à agir sur son présent et son futur dans une régression de la démocratie) et à la dépendance vis à vis de marques mondialisées, beaucoup s'aperçoivent désormais qu'il faut reprendre en mains la vie "visible directement", ce qui est autour de soi.

Ainsi, le grand enjeu de demain devient le local-global : intervenir sur le directement visible en liaison et en réseau avec d'autres intervenants tout autour de la planète. Permettre de faire des choix éclairés par l'éducation et les savoirs (dont des savoirs traditionnels locaux bien sûr) pour s'orienter dans ses identités imbriquées, avoir des repères. Ainsi, le travail en zone rurale connecté comme l'agriculture urbaine se développeront. Ainsi les circuits courts et le choix du maintien de savoir-faire et de traditions se développeront autant dans les quartiers-villages des villes (suivant une psycho-géographie affective) que dans les campagnes où il apparaîtra vital de défendre les petites entreprises structurantes (épicerie et services comme fermes et produits alimentaires mais aussi les médiathèques, les fabriques de tissu de Mayenne ou les couteaux de Laguiole ou les tapa de Futuna). 

Partout, c'est donc un mariage de traditions choisies et d'innovations qui doit se réaliser. Ce mariage doit se faire dans une conjugaison des générations, le développement des valeurs du vivre en commun et des économies alternatives. Réveil des énergies par des buts concrets, des méthodes de démocratie directe et la prise en compte de l'économie sociale, solidaire et de la gratuité. Tout cela dans un esprit de mobilité et d'échanges, dans le dialogue et l'ouverture horizontale, dans l'évolution perpétuelle contre le repli sectaire autarcique.

En effet, au temps des réseaux, ici est ailleurs : partout montent les impératifs sociaux-écologiques (justice sociale et durabilité environnementale). Partout, pour tous les territoires, nos nouveaux comportements se révèlent ubiques : nos identités imbriquées sont singulières-plurielles et nous pilotons nos vies en spécialistes-généralistes. Après le temps du tout idéologique des années 1970, est monté un pragmatisme nombrilique égoïste. Son échec réside dans sa vacuité patente.

Alors, entre des villes gagnées par le réinvestissement de la nature et le questionnement sur l'alimentaire ou l'air respiré, les problèmes énergétiques et climatiques qui dépassent évidemment les frontières, les campagnes qui peuvent devenir les grands bureaux paysagers connectés de demain, il faudra enfin trouver un équilibre entre le retour au local et le dialogue global sur ces enjeux vitaux. Défendre la diversité devient fondamental aujourd'hui mais dans le sentiment d'une solidarité planétaire nécessaire. Il n'y a plus de villes ou de campagnes mais des territoires (à Futuna comme à Montmartre ou à Hautefage) où évoluent des humains singuliers-pluriels qui auront toujours à penser leur devenir et celui de l'environnement commun afin de dire : j'aime où je vis, ici-partout. L'une ou l'un pas face mais avec la multitude sur une Terre en interactions. Unique / multiple.

Laurent Gervereau, Mister Local-Global (www.gervereau.com, voir "livres" / Ici et partout. Trois essais d'écologie culturelle)