Lucy Pearl

par Fabienne Dumont, ImagesMag, 2000

S'appuyant au départ sur l'analyse du clip vidéo du groupe de musique Lucy Pearl, l'auteur brosse un aperçu de la représentation visuelle de la musique et présente une réflexion sur les messages que cherchent à faire passer les publicitaires pour "vendre" à la fois un produit (spectacle, disque...) et une image (modernité, intégration, érotisme...).

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Vendre des HLM à la planète ?

par Vicky Ooma, Imagesmag, 2000

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L'approche de l'auteur diffère de l'analyse d'une publicité, en ce sens qu'elle porte sur une photographie qui inclut à la fois le visuel publicitaire et son environnement, notre quotidien. Au-delà du symbole de réussite de la marque, la question porte sur ce qui est effectivement proposé : un mobilier bon marché pour la planète.

 

 

 

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C'est quoi, la réalité ?

par Alexandra Miranda, Imagesmag, 2000

Internet offre aux publicitaires la possibilité de mêler la fiction et la réalité. Le brouillage n'a jamais été aussi dense, même si cette pratique remonte aux "poissons d'avril" lancés régulièrement par les journalistes. Cette confusion, volontairement créée dans des buts commerciaux, crée une "réalité vraisemblable" difficile à démonter.

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QUOI

Un journal diffusé sur internet

Il s’agit de la une d’un journal local américain (Burkittsville, Maryland) diffusé sur internet. On peut y voir l’annonce du reportage principal avec une photographie de presse prise lors d’une interview télévisée devant un tribunal, ainsi que de la publicité et des liens vers des sites plus ou moins probables. Qu’a donc ce site de particulier ? Rien, si ce n’est que tout y est entièrement fictif.

Burkittsville

Si Burkittsville est une ville bien réelle (avec une population d’environ 200 personnes, qui d’ailleurs ont réalisé leur propre site internet afin de clarifier la situation), le site est par contre une invention publicitaire pour promouvoir la sortie d’un nouveau film, Blair Witch 2 : Book of Shadows, dont la trame joue constamment sur des notions de réalité et de fiction.

Une nouvelle fiction

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Ce film est présenté comme la suite de Blair Witch Project, grand succès cinématographique réalisé avec des moyens très modestes comme un documentaire dans le style des vidéos d’amateur (à la façon du film-culte de George Romero, Night of the Living Dead, de 1968, autre réalisation à petit budget). Dans la nouvelle fiction, un groupe de jeunes part à la recherche de la vérité après avoir regardé le film Blair Witch Project.

COMMENT

Un film parodique

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En jouant avec la conception que la plupart des gens ont de la réalité, le site fait penser au film parodique réalisé par Rob Reiner, This is Spinal Tap (1984) que beaucoup de gens avaient pris pour un vrai documentaire sur un groupe de rock décadent à la mode.

Les "poissons d'avril"

Le procédé rappelle également les “poissons d’avril” dans les journaux, à la télévision ou à la radio, lorsque des personnalités éminentes du monde de la presse s’amusent à tromper le public en diffusant de fausses informations ou des reportages bidons. La tradition des farces du 1er avril remonte au XVIe siècle, quand le calendrier julien a été remplacé par le calendrier grégorien : on se moquait de ceux qui fêtaient par erreur la nouvelle année à l’ancienne date, le 1er avril, en les traitant de “fous d’avril”.

Image montrant La récolte des spaghetti, canular du 1er avril 1957 de la BBC

Un des poissons d’avril les plus célèbres de la télévision est celui de Richard Dimbleby, présentateur respectable de l’émission Panorama à la BBC, qui, le 1 avril 1957 affirma que le printemps était venu prématurément cette année-là, provoquant la moisson précoce des spaghettis en Suisse. Une vidéo montrait des paysannes contentes faisant la récolte des spaghettis dans les arbres. Le standard de la BBC avait été saturé par la quantité de gens appelant pour avoir plus de renseignements sur ce phénomène…

Une société de commerce fictive sur internet

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Pour poursuivre sur le thème de la distinction entre réalité et fiction : La BBC diffuse actuellement une émission qui s’appelle Attachments, comédie autour d’une société de commerce sur internet ; le site que les héros du film sont censés gérer est en fait accessible sur le réseau à l’adresse seethru.co.uk ; il est mis à jour régulièrement en fonction des évènements se déroulant dans la comédie. Par exemple, si dans la série, les héros réussissent à conclure de bons marchés ou à négocier des mécénats d’entreprise, le ‘véritable’ site (les liens, le contenu…) est visiblement amélioré ; et inversement...

NOTRE ANALYSE

Halloween

La date choisie pour la sortie du film coïncide délibérément avec Halloween, alors qu’un nombre croissant de magasins, de commerces et de sites internet (par exemple, noos.fr) font usage de cette iconographie et de ce symbolisme immédiatement identifiables (les citrouilles, les sorcières, les squelettes, les fantômes…), comme stratégie de marketing et de ventes entre la rentrée et Noël. Le genre de l’horreur est ainsi devenu incroyablement lucratif.

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L’authenticité

bookofsh_onCette page internet est accessible depuis une partie du site officiel, intitulée Shadow of the Blair Witch, prétendu reportage qui prépare la sortie du nouveau film en excitant la curiosité avec la diffusion d’images telles que la photographie d’un suspect emmené par des policiers. Sur notre page fictive, c’est un procès qui fait le titre principal, avec une photographie prise lors d’une interview télévisée avec la mère du suspect, devant le tribunal.

La caméra, la cameraman et l’interviewer apparaissent très visiblement sur l’image afin d’accroître l’impression d’authenticité du reportage. Au bas de la page, des liens sont proposés avec d’autres reportages concernant ce procès fictif, avec différentes émissions d’actualité et également avec des sites véritables réalisés pour la promotion du site.

Les liens

Les liens qui sont faits à partir du site fictif vers des sites réels ajoutent encore à la confusion et rendent totalement inopérante la distinction entre suppositions et certitudes. Les sites internet proposent souvent des liens vers d’autres sites, qui à leur tour ont des liens avec d’autres encore… contribuant à l’extension d’un immense réseau de connections. Le site en question, véritable agent de promotion et de publicité, utilise les propriétés de la toile pour relier les différents niveaux de fiction en un réseau, créant une forme de réalité vraisemblable.

Droit à l'image/droit de réserve

par Laurent VERAY, Imagesmag, 2000

Les médias audiovisuels peuvent-ils montrer la barbarie des hommes sans danger ? A partir de deux événeemnts liés au conflit israélo-palestinien, en 2000, l'auteur s'insurge contre le "coup d'éclat médiatique" lorsqu'il l'emporte sur l'éthique et n'est pas accompagné d'un raisonnement, parce que les dérives qu'il induit risquent de porter sérieusement atteinte à la société.

Image tirée du reportage filmé le 30 septembre 2000 par un correspondant local de France 2

QUOI

Nous savons que les médias audiovisuels jouent un rôle non négligeable dans la conscience que les individus ont du monde et dans la représentation qu'ils s'en font. Il est d'ailleurs inquiétant de constater combien l'image, par son impact immédiat, son potentiel émotionnel et sa force de persuasion, s'impose souvent au grand public au détriment des autres sources d'information, notamment écrites. Sous prétexte que le devoir d'un journaliste de télévision serait d'abord de " montrer la réalité ", il n'est pas rare que l'on fasse croire aux téléspectateurs que les images se suffisent à elles-mêmes.

Pourtant, leur soi-disant objectivité est une bien suspecte prétention. Voire, parfois, une dangereuse mystification surtout quand elles s'adressent (ce qui est fréquemment le cas) à une catégorie de la population peu concernée par les événements représentés. Il est évident que les images, si fortes soient-elles, n'explique nt rien. Elles peuvent tout au plus nous bouleverser ou nous indigner. Sans compter qu'il faut parfois se méfier des apparences : la même image peut dire tout et son contraire. Il ne suffit pas de voir pour comprendre. La réalité ne se réduit pas au visible. Pour saisir la portée d'une image brute, il faut toujours la commenter, y ajouter de la réflexion et du sens. Enfin, on peut se demander au nom de quel principe les télévisions peuvent-elles tout montrer ? La surenchère dramaturgique et la quête du spectaculaire sans cesse renouvelée sont-elles acceptables ? N'y a-t-il pas, à l'inverse, des exigences morales, un devoir de responsabilité ? En fait, ces sempiternelles questions sur la distinction entre l'information et le sensationnel comptent parmi les plus controversées. Les polémiques à ce propos ne manquent pas. Elles alimentent régulièrement le débat sur le fonctionnement des journaux télévisés. L'actualité récente au Proche-Orient nous a encore fourni une bien triste occasion d'y revenir.

COMMENT

Depuis le nouveau soulèvement en Cisjordanie et dans la bande de Gaza consécutif à la visite, le 28 septembre dernier, d'Ariel Sharon (le chef du Likoud) sur l'esplanade des Mosquées, qui a mis le feu aux poudres, la situation dans les territoires occupés n'a cessé de se détériorer. Parmi le déferlement des images illustrant ce regain de violence, deux scènes d'une cruauté inqualifiable ont été diffusées et rediffusées sur toutes les télévisions du monde. La première, filmée le 30 septembre par un correspondant local de France 2, montre un enfant palestinien, Mohamad El Dirah, blotti le long d'un mur aux côtés de son père (qui sera grièvement blessé), se faire tuer par des tirs de militaires israéliens.

La seconde, enregistrée le jeudi 12 octobre par une équipe travaillant pour la chaîne privée italienne RTI, montre deux soldats israéliens, interceptés à l'entrée de Ramallah, se faire lyncher par une foule en furie ayant pris d'assaut le commissariat dans lequel ils avaient été enfermés par la police palestinienne.

Image tirée d'un reportage enregistré le jeudi 12 octobre 2000 par une équipe travaillant pour la chaîne privée italienne RTI

Affirmons-le d'emblée, dans les deux cas, il s'agit de crimes infâmes. Mais c'est le battage médiatique fait autour de ces images, notamment en France, qui nous intéresse ici. La première réaction, en tant que téléspectateur très affecté, est une réaction de rejet devant la monstruosité des actes commis. Ensuite, très vite, on s'interroge sur la nécessité de montrer (et de regarder) ces scènes insoutenables. Une telle vision apporte-t-elle quelque chose de plus au débat complexe sur les problèmes israélo-palestiniens ? Ces images sont-elles destinées à nous inciter à agir, à prendre position ? Ne risquent-elle pas au contraire de favoriser davantage les amalgames et les confusions ? D'autant plus, on le sait bien, que la contemplation répétée, et généralement passive, de ce que Luc Boltanski appelle " la souffrance à distance d'autrui " n'est pas toujours très saine. Certes, sans doute pour se donner bonne conscience, les présentateurs vedettes des télévisions se sont empressés de dire que leurs rédactions avaient beaucoup hésité avant de se décider à passer des images aussi dures. Faisant preuve d'un cynisme assez sidérant, ces mêmes rédactions ont annoncé avoir supprimé, dans les diffusions ultérieures, là encore pour essayer de se dédouaner, l'instant terrible où les balles israéliennes pénètrent le corps du garçon. Comme si cela rendait son agonie plus acceptable.

Les chaînes, publiques ou privées, ne sont malheureusement pas avares d'images-chocs. Et l'on pourrait multiplier à l'envi les exemples d'usages abusifs et critiquables de scènes similaires pour satisfaire uniquement le plaisir voyeuriste du téléspectateur. Pas un soir ou presque, vers 20 h, où l'on ne nous montre sur le petit écran des horreurs toujours plus terrifiantes sans que cela ne change rien. À tel point que, si l'on n'y prête pas garde, on finit presque par s'y accoutumer. On se souvient ainsi de la banalisation de la barbarie perpétrée au Rwanda, en Bosnie ou en Algérie par des images excessives devenues quotidiennes, ordinaires, habituelles. Comme le dit Godard, il est vrai que les télévisions du monde entier ne montrent que de la mort et des larmes, mais il est vrai aussi que ceux qui restent à regarder n'ont plus de larmes à pleurer ; ils ont désappris à voir.

NOTRE ANALYSE

À l'époque de la course à l'audimat, la finalité exacte de ce genre de diffusion récurrente, hors de toutes limites déontologiques, ne laisse guère de doute. Sauf que cette « perversion nécrophilique de la télévision» , dont parle Ignacio Ramonet, n'est pas sans danger. Et plus spécialement dans le cas qui nous intéresse, tant les images du jeune palestinien assassiné et celles des réservistes israéliens battus à mort et défenestrés véhiculent un immense corpus d'idées simplistes (les Juifs tueurs d'enfants ; les Arabes primitifs et fanatiques...) accentuant les passions communautaires, religieuses et ethniques. En définitive, en les livrant en pâture aux téléspectateurs, les chaînes ont pris le risque qu'elles soient perçues comme la preuve évidente de l'impossible résolution du conflit. Pire, qu'elles soient interprétées par certains de façon extrémiste, devenant un prétexte pour commettre de nouvelles violences. D'ailleurs, les images, véritables incitations à la haine, ont échauffé les esprits et commencé à provoquer des incidents, essentiellement antisémites. À titre d'exemple emblématique, retenons, parmi d'autres faits semblables, l'incendie de la synagogue de Trappes dans les Yvelines. Les cinq jeunes délinquants auteurs de cet attentat n'avaient aucun lien avec un quelconque mouvement intégriste ou politique. Ils ont avoué aux policiers avoir lancé des cocktails Molotov sur l'édifice religieux en représailles, parce qu'ils avaient été révoltés par les images de la mort de Mohamad El Dirah vues à plusieurs reprises à la télévision.

Au terme de cet article, il nous semble justifié de prétendre que ces images terribles de Gaza et de Ramallah ont une capacité de nuisance avérée, et qu'à ce titre il importait de les proscrire. Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de dire, évidemment, qu'il faudrait rétablir une forme de censure. Loin de nous l'idée de défendre un point de vue iconoclaste. De nombreux cameramen couvrent depuis longtemps avec sincérité tous les conflits de la planète pour essayer d'en dénoncer les atrocités, et nul ne songe à nier l'importance de leur travail. Néanmoins, pour des sujets brûlants, comme les affrontements meurtriers entre Israéliens et Palestiniens, dont les répercussions peuvent être éminemment graves, y compris en France, il convient de faire en sorte d'éviter de tomber dans le travers du coup d'éclat médiatique qui ne laisse aucune place au raisonnement. Montrer les pires exactions dont les hommes sont quelquefois capables nécessite un minimum de précaution. C'est une question de bon sens. Finalement, alors que l'on parle de plus en plus de droit à l'image, ne devrait-on pas également évoquer le droit de réserve ? On se demande si certains professionnels de l'actualité à la télévision y ont jamais réfléchi ?

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