World Trade, la quête du sens

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COMMENT

Avant ?

Trois types d’approches permettent de comprendre ce qui est en jeu à travers cette/ces séquence(s), car il est difficile de la séparer de sa suite : la comparaison des événements, la place dans l’imaginaire, l’évolution du vecteur.

Événement

03_onL’image antérieure fondatrice n’est pas Pearl Harbour – malgré l’effet-miroir dû au film sorti en 2001 – mais le torpillage du paquebot Lusitania par un sous-marin allemand le 7 mai 1915. 1201 civils, hommes, femmes, enfants, périssent, suscitant une émotion considérable. Les Etats-Unis, alors neutres, s’engageront contre les Allemands en 1917 et les allégations d’outre-Rhin, insistant sur le fait que ce paquebot transportait aussi des armes et munitions, pèseront peu. Ce n’est bien sûr alors ni le film, ni la photographie qui relaient l’actualité, mais le dessin de presse, la gravure, les cartes postales et les affiches, donc des images fixes dessinées. Par leur résumé sémantique, elles s’apparentent à notre séquence, la seule différence étant qu’elles insistent sur les victimes (femmes et enfants).

Imaginaire

04_onL’origine de ces visions apocalyptiques touchant les cités modernes revient indéniablement à un des pères de la science-fiction (avec Jules Verne), Herbert George Wells. Dans The War of the Worlds (La Guerre des mondes, 1898), rapidement illustré (par Alvin-Corréa en 1906, par exemple), les Martiens attaquent Londres. Le cinéma, puissant projecteur d’imaginaire visuel, ne pouvait pas ne pas reprendre de telles séquences. Si Cabiria de Giovanni Pastrone en 1914 peut être considéré comme le premier film à grand spectacle, c’est King Kong d’Ernest B. Schoedsack en 1933, avec son attaque de l’Empire State Building, qui frappe les mémoires. Puis, alors que montent les menaces de guerre, Orson Welles, à la radio, terrorise le public le 30 octobre 1938 en lisant le texte de Wells. Cependant la grande période d’émergence de ces films-catastrophe allié à l’irrationnel de peurs millénaristes reste les années cinquante. Alors en pleine guerre froide, les Martiens deviennent une métaphore du cataclysme planétaire potentiel généré par l’arme nucléaire (possédée aussi par les Soviétiques depuis 1947). Ainsi en 1951 et 1952 sort toute une série de ces films (dont La Guerre des mondes et Le Choc des mondes ).

 

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Dans cette dernière fiction, l’action est transposée aux Etats-Unis avec des rappels des bombardements de la Deuxième Guerre mondiale. La caractéristique de ces films est une débauche d’effets spéciaux, de plans saccadés, et de son (bruitages et musique), contrastant totalement avec notre séquence. Ce qui les rapproche indéniablement reste la scénarisation déjà évoquée, c’est à dire la gradation. Cette gradation – terrible – est, par elle-même, filmique, accentuant le sentiment d’irréalité.

Le vecteur

La fin des années cinquante et les années soixante forment, au niveau des pays les plus développés, le temps où s’impose la télévision comme médium de masse. A la télévision, l’assassinat du président américain, John Fitzgerald Kennedy, le 22 novembre 1963, demeure le moment fondateur. Les programmes s’arrêtent. Dans un second temps, un film amateur, passé en boucle, fait référence (jusque dans la presse).

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Pour la période récente, c’est bien la guerre du Golfe qui s’impose comme parallèle. Elle fut suivie en direct, même dans ses non-événements. La différence réside dans le fait qu’elle impose un réel-fiction : sans images du réel – la guerre elle-même – une fiction est construite par l’état-major, relayée par la chaîne CNN. Avec le World Trade Center, les terroristes ont construit, à l’inverse, de la fiction réelle. Ils ont rendu réel un scénario de film, d’où l’impact imaginaire sans précédent. D’où aussi le non-contrôle des événements et des images afférentes par les Américains (de ce nom abusif donné aux habitants des Etats-Unis d’Amérique). Ce non-contrôle des images apparaît inévitable, imparable, car il relève d’un non-contrôle des évènements, d’une impuissance. La formule première de CNN, « America under attack », le résume. L’Amérique – les Etats-Unis d’Amérique – est « sous » l’attaque contre les emblèmes de sa force : l’argent et l’armée.