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édito

Tout le monde décrypte !

Le lancement de la nouvelle formule de decryptimages.net doit être l’occasion d’une mise en perspective. Rappelons-le, lorsque ce site apparut en 2008 (lancé officiellement le 17 mars 2009), rassemblant les ressources de sites antérieurs créés depuis 2000 par l’Institut des Images (imagesmag, imageduc, primages), le mot « décrypter » n’était pas du tout à la mode. Nous avons eu de longs débats. La notion d’analyse nous semblait la bonne mais n’était pas très attirante (analysimages...). Nous nous sommes portés ainsi vers cette notion de décryptage, qui est le fait d’aller chercher le sens de ce qui est codé, crypté –quand il y a lieu...

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Les deux dernières couvertures du magazine américain Life - NOTRE ANALYSE

Index de l'article

NOTRE ANALYSE

Jean-Paul II, un destin

life02_onLa disposition (on sait que le regard suit une ligne qui part de la gauche pour rejoindre la droite), la surimpression et la différence d’échelle entre le portrait de l’élève Wojtyla et le pape Jean-Paul II, le contraste entre le cliché en noir et blanc et la photographie en couleurs contribuent à marquer l’épaisseur du temps. La distance entre les deux images invite au récit : le lecteur trouvera, en pages intérieures 17 photographies évoquant les étapes de la vie de Karol Wojtyla.

Au fond, un enfant aux traits purs, au regard décidé, prêt à accomplir un exceptionnel destin ; au premier plan, un homme à la fin de sa vie, en charge de centaines de millions d’âmes. De nombreuses rumeurs courent, en ce printemps 2000, sur l’état de santé du Saint-Père, ce qui justifie un reportage en forme de bilan d’une vie. On dit alors que son voyage à Jérusalem, le plus important de ses périples, sera sans doute le dernier et on évoque déjà sa succession.

Pourtant, le journal s’est gardé de choisir un cliché où le chef de l’Eglise catholique apparaît épuisé, comme on peut en voir à la même époque dans la presse à sensation. Jean-Paul II, qui sourit et esquisse un geste de la main, se distingue ici plutôt par l’expression de la sagesse, de la sérénité, de l’apaisement. On peut même parler de grâce : alors que le jeune Wojtyla se fond dans l’obscurité, le pape qu’il est devenu émerge en pleine lumière.

Mise en scène du miracle de la vie

life03_onLe cliché, posé, joue sur l’émotion. L’image insiste, d’abord, sur le contraste de taille, entre les mains du médecin (qu’on identifie par les manches de sa blouse blanche) et le corps du nourrisson. Le gros plan cherche à donner l’impression de la taille réelle de l’enfant, minuscule (ici, à peine plus de 25 centimètres). La fragilité du prématuré est soulignée par de multiples signes. Les mains (doigts écartés) hésitent à se refermer, comme si elles craignaient de le briser.

Le corps de l’enfant endormi, bardé d’appareils médicaux, de tuyaux, de fils, de sondes, de goutte à goutte, assistant sa respiration, surveillant son rythme cardiaque, le nourrissant artificiellement, soulignent son extrême dépendance et montrent qu’il n’est sans doute pas encore totalement sorti d’affaire.

Sa survie tient du miracle ; et ce miracle est scandé par la mise en page, le mouvement, la lumière. Les mains, qui barrent la une en diagonale, s’élèvent dans un geste de vie, empreint de spiritualité. Le contraste entre le fond noir et le jeu de lumière sur le corps de l’enfant et les doigts du médecin, presque transparents, cernés d’un halo lumineux, ajoutent à la dramatisation de la scène et au caractère spirituel de la scène précédemment évoqué.
Nous avons ici un tableau religieux, où miracle de Dieu et miracle des hommes (en l’occurrence les médecins) se mêlent dans le miracle de la naissance.

Retour aux réalités

Mais si l’image, profondément mise en scène, est esthétisée, elle garde un lien étroit avec la réalité. D’abord, sauvé d’une mort certaine, Jason est aussi un enfant comme les autres : assisté médicalement, il porte une couche comme chaque bébé (on en dis-ingue les motifs : de petits moutons). Ensuite, sur sa poitrine, les électrodes soulignent que rien ne pourrait se faire sans la recherche entreprise par l’industrie chirurgicale : « Klear Trace », peut-on lire distinctement ; elle a sa part dans l’exploit scientifique qui vient de se réaliser à Philadelphie.

Le succès médical de la naissance de Jason alimente immédiatement la polémique développée aux Etats-Unis sur l’avortement. Ainsi, le 9 juin 2000, la Conférence nationale des évêques catholiques, se saisit du cas de l’enfant pour exiger un débat national sur ce sujet.

En quelque sorte, les deux dernières couvertures de Life ont un sens symbolique, en évoquant la fin d’une vie d’un homme de foi, et le début d’une autre qui tient du miracle. Dès 1936, Life voulait « montrer la vie ». 64 ans plus tard, à travers Jean-Paul II, l’enfant greffé du foie ou le petit Jason, le magazine en témoigne encore.

Des références

livre

John G. Morris, Get the Picture. A personnal History of Photojournalism, New York, Random House, 1998