• Un autre regard : DES IMAGES POUR REFLECHIR SUR NOTRE PLANETE

    Un autre regard : DES IMAGES POUR REFLECHIR SUR NOTRE PLANETE

  • Transporter. Quoi ? Ou ? Avec quelles énergies ?

    Transporter. Quoi ? Ou ? Avec quelles énergies ?

  • VOIR / NE PAS VOIR LES

    VOIR / NE PAS VOIR LES "HANDICAPS"

  • Exposition : Une petite histoire de la BD

    Exposition : Une petite histoire de la BD

édito

Un événement : Les histoires du cinéma

Fake news, déversement d'images, de textes et de sons, tout est de plus en plus confus dans nos temps du tout-écran. Et c'est dangereux : de la confusion et de l'ignorance naissent toutes les manipulations possibles. Voilà pourquoi Nuage Vert, après un très long travail, lance une nouvelle exposition téléchargeable gratuitement en ligne : Les histoires du cinéma. Elle est née d'un partenariat avec le site decryptimages.net (et la Ligue de l'Enseignement) et l'Association Française de Recherche sur l'Histoire du Cinéma (AFRHC).

Lire la suite

Le nouvel esperanto ?

Georges Perec avait composé un roman, la disparition, sans utiliser la lettre E. Dans cet ouvrage Xu Bing nous raconte la journée ordinaire d’un travailleur du secteur tertiaire et ses aventures somme toute banales dans une grande ville. Tout cela sans un mot. L’histoire se passe quelque part dans le « village global » : ce personnage sans nom peut être nord-américain, européen ou asiatique. Aucun indice ne trahit jamais sa véritable origine. Toute la culture de l’archipel mondial urbain est rassemblée et traduite en signe : langage informatique et internet du monde du travail, référence culinaire, musique, interactions humaines amicales et amoureuses… Les conversations ne sont ni profondes ni philosophiques : elles rendent compte de ce que peut être le bavardage quotidien qui meuble le silence. Rien de grand non plus dans les événements. Quotidien trop quotidien, pour plagier Nietzsche.

Ce livre est donc un tour de force. Raconter sans dire. Cependant, comme ce mode d’expression n’est constitué que d’une partie de nombre langage, son exclusivité oblige à un effort intellectuel. Même si tout est clair et évident, l’enchaînement des symboles fait parfois perdre le fil du récit. Nous sommes habitués à voir ces pictogrammes émailler nos phrases pas les constituer. Cette histoire ne se lit pas aussi rapidement qu'on pourrait le croire. Et c’est ainsi que cette performance devient un peu plus qu’un tour de force intellectuel. Derrière cette aventure qui commence par un point noir et finit par un point noir, c’est la dénonciation de la répétitivité aliénante du quotidien qui est dénoncée. Même sur un ton badin. La vie de cet anonyme enfermée dans cet univers graphique est finalement un reflet grossissant de notre quotidien. L’histoire ne dit pas si l’action se passe sous une dictature ou dans une vraie démocratie. Cela a peu d’importance car l’aliénation n’est pas d’ordre politique. Elle réside dans la répétitivité sous entendue par la boucle que forme le récit. Cette histoire sans mots est à la fois un exercice intellectuel sur l’importance de l’uniformisation de la vie et donc du langage mais aussi un plaidoyer pour une prise de conscience de l’emprisonnement que peut créer le quotidien.

Derrière une apparente performance graphique, Xu Bing nous livre de surcroît une réflexion profonde sur l’humaine condition de l’habitant du monde globalisé. Ce petit ouvrage est une œuvre d’art à part entière car elle porte en elle une polysémie intellectuellement stimulante.

Florent BARNADES