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édito

Tout le monde décrypte !

Le lancement de la nouvelle formule de decryptimages.net doit être l’occasion d’une mise en perspective. Rappelons-le, lorsque ce site apparut en 2008 (lancé officiellement le 17 mars 2009), rassemblant les ressources de sites antérieurs créés depuis 2000 par l’Institut des Images (imagesmag, imageduc, primages), le mot « décrypter » n’était pas du tout à la mode. Nous avons eu de longs débats. La notion d’analyse nous semblait la bonne mais n’était pas très attirante (analysimages...). Nous nous sommes portés ainsi vers cette notion de décryptage, qui est le fait d’aller chercher le sens de ce qui est codé, crypté –quand il y a lieu...

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Publicité magazine pour le film Star Wars Episode 1

Index de l'article


QUOI

Description

Deux images en hauteur sont accolées. Elles ont du texte inséré. Celle de gauche montre un personnage debout, droit, tenant à deux mains une épée dressée, dans une tenue évoquant le Moyen Age occidental. Il nous regarde, visage clair sur fond noir.

L’image de droite présente un personnage masqué et grimaçant. Il est en mouvement et en partie recroquevillé, prêt à bondir. Il serre une sorte d’épée à deux lames. Il nous regarde, tête rouge, entièrement vêtu de noir sur fond bleu clair. Son ombre peut aussi former sur le sol une sorte de tête d’animal cornu .

L’événement

star02_onVoilà une publicité magazine pour la sortie du film de science-fiction américain Star Wars Episode I (La Grande Menace) de George Lucas. Elle est publiée en France dans la semaine du 9 au 15 septembre 1999.

Le film sort à des dates différentes dans le monde (Canada 19 mai 1999, Afrique du Sud 25 juin 1999, France 13 octobre 1999). Pluisieurs mois jalonnent donc ces sorties. Elles sont construites comme des "événements", avec édition de produits dérivés. Ici, c’est la publicité pour la sortie française, démarrant - pour préparer le terrain - plus d’un mois d’avant que le film ne soit visible…

Le film et l’auteur

Star Wars Episode I est réalisé par l’Américain George Lucas. Ce producteur et réalisateur, né avec la fin de la Deuxième Guerre Mondiale (1944), a créé ses propres studios. Ayant commencé sa carrière avec la science-fiction en 1971 (THX 1138), il s’est lancé un temps avec succès vers une évocation rétro de la jeunesse (American Graffitti, 1973). C’est Star Wars (La guerre de les étoiles) en 1977, long “space opera”, saga chevaleresque du futur, qui consacre son succès mondial. Démarche originale, l’Episode I marque un retour en arrière dans l’histoire.

La publicité

L’enjeu d’une telle campagne publicitaire est considérable. Il justifie une stratégie mondiale de sorties successives. Le contenu se veut juste informatif en haut et en bas: “Episode 1. Star Wars. La saga commence le 13 octobre”. La notoriété du produit est devenue telle que rien n’est nécessaire pour le promouvoir, sauf l’annonce sèche de son actualité. L’actualité la plus efficace est celle qui prend l’allure de l’information. Voilà pourquoi, si souvent, des tests "scientifiques" épaulent le discours publicitaire.

Ici personne ne demande d’aller voir le film, ou n’emploie de qualificatifs enthousiastes (“génial”, “passionnant”, “terrible”, “un choc”, “l’événement”…) L’information est même sèche et liée à des images qui créent une intrigue. Elles ne décrivent plus les actions les plus spectaculaires du film comme dans les années cinquante. Elles ne racontent rien. Elles interpellent en cherchant à intriguer (“teasing”).

star03_onL’autre versant d’une telle opération devient l’organisation d’une myhtologie autour du film avec l’invention de personnages aux caractéristiques simples et tranchées, pouvant donner lieu à des produits dérivés. La publicité est alors achetée par les consommateurs, qui choisissent un produit parce qu’il est lié au film ou collectionnent des objets spécialement produits.

 


COMMENT

C’est de la bande dessinée

La crise économique de 1929 coïncide avec l’apparition de super-héros aux Etats-Unis. Le premier est Buck Rogers. Il sera suivi de beaucoup d’autres durant les années trente, depuis Prince Vaillant, Flash Gordon, jusqu’à Superman en 1939. Ces héros auront une grande importance dans le monde, parce que les bandes dessinées américaines sont alors traduites à travers tout l’Occident. Elles imposent le phylactère, c’est-à-dire ces fameuses "bulles" qui font parler les personnages et rendent l’action plus rapide, alors qu’auparavant tout le texte et les dialogues étaient placés sous la "case" du dessin.

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Flash Gordon, que George Lucas connaît bien sûr, est le véritable modèle en bandes dessinées de La Guerre des étoiles. Il s’agit, sous la plume d’Alex Raymond, d’une saga intergalactique. Elle est publiée pour la première fois en 1933 et connaît un immense succès dû tant au dessin de Raymond qu’à son mélange imaginaire entre le futur et le passé, l’espace et un aspect de chevalerie. Flash Gordon manie à la fois une épée et un pistolet galactique. Il lutte contre des diables asiatiques (Mongols).

C’est de la science-fiction

La science-fiction a connu de grands précurseurs (Jules Verne et H. G. Wells). Elle naît véritablement dans sa dénomination en 1908 aux Etats-Unis avec Hugo Gernsback et sa revue Modern Electrics. Gernsback publiera de nombreuses revues pendant l’entre-deux-guerres, dont les couvertures seront illustrées par Frank R. Paul. Ingénieur de formation, il mêle la technique et la rêverie romanesque de l’anticipation liée aux mondes nouveaux de l’espace.

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C’est bien l’exploration des galaxies permettant d’imaginer des mondes nouveaux qui caractérise ces images. En littérature, elles sont à l’origine de ce que l’on appellera les “space operas” (“opéras de l’espace”), dont le représentant le plus célèbre est Isaac Asimov. La Guerre des étoiles, saga de l’espace, est bien un “space opera” (mot forgé de façon ironique à partir de “soap opera”, qui désignait les feuilletons américains financés par des marques de lessive, notamment Procter et Gamble).

C’est du cinéma

Très tôt, le cinéma s’est intéressé au voyage dans l’espace. Georges Méliès réalise dès 1902 Le Voyage dans la lune. Les Martiens font la révolution dans Aelita du Russe Yakov Protozanov en 1922 Fritz Lang envoie une Femme dans la lune en 1928. Mais ce sont vraiment les années 1950 qui développent le genre. En fait, sous prétexte de divertissement, nous assistons alors à la transposition en images de la rivalité entre les Russes et les Américains.

La guerre froide est montrée comme une guerre chaude apocalyptique où les rouges soucoupes volantes attaquent la terre. Cela se poursuit dans les années 1960. Dans les années 1990, un retour de la science-fiction au cinéma donne l’occasion de parodier les réalisations antérieures (Mars Attacks!). La Guerre des étoiles s’inscrit pleinement dans cette tradition. Elle n’innove pas quant à ses thèmes. Elle recycle des récits antérieurs. En revanche, son succès permet des innovations techniques importantes et également une succession de films selon une ampleur inégalée.

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C’est de la littérature

La Guerre des étoiles emprunte aux légendes du Moyen Age, notamment à ce qui a inspiré Harold Foster pour Prince Vaillant, à savoir le cycle du roi Arthur. Elle emprunte surtout, comme Foster, à la vogue du Moyen Age au XIXe siècle. En effet, après le culte de l’Antiquité au XVIIIe siècle, les romantiques aiment à se plonger dans le “mystérieux Moyen Age”. C’est la source de ce que l’on appellera les romans gothiques, précurseurs de toute la littérature fantastique.

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C’est aussi le décor de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. Un des auteurs les plus fameux du genre est Walter Scott avec son fameux Ivanhoé. Le Moyen Age est ainsi revisité par les auteurs du XIXe siècle quien font une source de nouvelles mythologies, jusque dans les livres scolaires.


NOTRE ANALYSE

Le Bien contre le Mal

Cette publicité joue sur un ressort simple ancré dans la religion chrétienne : le héros de Dieu contre le diable maléfique ; elle oppose le blanc (symbole de pureté en Occident) contre le rouge (incendie, sang, destruction) et le noir (deuil) face à l’épée dressée vers le ciel (vers Dieu) est figuré le signe “-” d’une arme double (tel un double jeu hypocrite).

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Comment le chevalier blanc descend de son cheval

Le “chevalier blanc” s’inspire du Ivanhoé de Richard Thorpe (1952) ou du feuilleton télévisé avec Roger Moore dans les années soixante.

Il utilise le blanc (sainteté et noblesse dans l’Occident chrétien) avec le marron de la terre et lueurs vertes (nature, écologie aujourd’hui) de l’épée. Le héros de Dieu et de la nature, le chevalier écologiste défend le Bien.
Il est sans masque, à visage découvert (le juste, homme de la vérité nue). Il est le sage (blanc, couleur de la sagesse, et barbe).

Il avance à pied. Mais comment le chevalier a-t-il quitté son cheval ? Au Moyen-Âge, le chevalier chevauchait avec sa lance ou son épée. Au XIXe siècle, dans l’imagerie, il descend souvent de son destrier pour combattre d’homme à homme contre la multitude. Seul contre tous. C’est bien cette figure que reprennent les films et les bandes dessinées des héros des années 1930.

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Un diable de théâtre japonais

Il est en noir et rouge (mort, sang et incendies) comme les diables de l’Occident chrétien inventés en images au Moyen Age, par opposition à la Chine où le rouge est la couleur de la fête et du plaisir et le blanc celle du deuil.

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Le visage peint est cependant nettement inspiré du théâtre japonais et de la "manga", bandes dessinées ou jeux vidéos avec "méchants" grimaçants. La figure peinte le masque, le dissimule.

Toujours le triomphe de l’homme blanc

Le chevalier, en descendant de son cheval, a perdu sa dimension du “seigneur” dominant pour prendre celle du “juste”. C’est bien au moment des totalitarismes dans les années trente, que le super-héros à pied s’est imposé. Militant exemplaire, aussi exemplaire que le chef, il est à l’avant-garde des combats.

Le méchant est un Asiatique grimaçant. Est-ce l’effet d’une crainte pour Hollywood de l’invasion à travers le Pacifique des Japonais, dans un nouveau Pearl Harbor ?

Le “bon” reste l’homme blanc, “homme” (et non femme) et “blanc” (pas “noir”, par exemple).

Les mots doubles

Ce sont des non-slogans (le produit “star wars” est en petit après l’accroche) d’ordre générique et philosophique.

Ils perturbent la lecture des images (le bon contre le méchant) puisque sont associées des terminologies positives (“une vérité", “un maître") et négatives (“une haine”, “un rebelle”) pour chaque personnage.

Ils introduisent l’ambivalence, l’aspect Janus, la gémellité, le double, le doute, donc l’intrigue, le suspense (la vérité est aussi une haine, le maître est aussi un rebelle). Cela est corroboré par les couleurs de fond inversées (bleu-ciel pour le diable et noir pour le héros) et la disposition des mots en diagonale symétrique comme sur une carte à jouer (tarots).

Les mots anglais viennent d’une diffusion massive, notamment grâce au cinéma, de la culture américaine dans le monde. Cette diffusion a vraiment commencé avec la Première Guerre mondiale.

La traduction (“la guerre des étoiles”) donne une inversion des pluriels (wars = guerres, star = étoile). L’utilisation du titre anglais permet d’insister sur l’ambiguité du mot “star” (désignant aussi les vedettes du cinéma) et le pluriel de “wars” appuyant sur des guerres multiples propres à une saga galactique.

La série est starifiée et l’exotisme devient celui d’un espace (comme internet) complexe à actions multiples sur des planètes adjacentes et non plus centré en un lieu : nous n’apercevons qu’un résumé des guerres à l’oeuvre dans un temps et un espace flottants.

Des références

Livre

Michel Pastoureau, Dictionnaire des couleurs de notre temps, Paris, Bonneton, 1992

George L. Mosse, The Image of Man. The Creation of Modern Masculinity, Oxford University Press, 1996

Site

www.starwars.com/movies/episode-i