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édito

Tout le monde décrypte !

Le lancement de la nouvelle formule de decryptimages.net doit être l’occasion d’une mise en perspective. Rappelons-le, lorsque ce site apparut en 2008 (lancé officiellement le 17 mars 2009), rassemblant les ressources de sites antérieurs créés depuis 2000 par l’Institut des Images (imagesmag, imageduc, primages), le mot « décrypter » n’était pas du tout à la mode. Nous avons eu de longs débats. La notion d’analyse nous semblait la bonne mais n’était pas très attirante (analysimages...). Nous nous sommes portés ainsi vers cette notion de décryptage, qui est le fait d’aller chercher le sens de ce qui est codé, crypté –quand il y a lieu...

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Flash et Stars au Musée

 

Né en Italie dans les années 1950, baptisé par Fellini dans son film la Dolce Vita, les paparazzis sont une catégorie à part de photographes. Ils vivent pour obtenir une photo de célébrité, plus ou moins connue pour fournir l’énorme industrie de la presse dite people. Qu’ils agissent en meute au plus près des stars ou bien de loin grâce aux téléobjectifs, les paparazzis ne constituent qu’un maillon de la chaîne d’un phénomène global qui commence avec eux et qui s’achève avec les lecteurs. Friands de potins (la presse people demeure encore très rentable surtout lorsqu’elle publie des gros « coups »), le public alimente la machine malgré un sentiment ambigüe envers les pourvoyeurs d’images. A la fois objet de fascination et de répulsion, les paparazzis sont en fait peu nombreux. Ils sont apparus avec l’émergence de la société du spectacle. Les stars, elles aussi, ont une attitude ambigüe face à ceux qui violent leur intimité ou les harcèlent mais qui sont les relais indispensables avec le public pour que leur « capital de visibilité »[2] se pérennise. Paparazzis, stars, presse people et public forment les quatre termes d’une symbiose particulière. Le témoignage de grands noms de la profession (Ron Gallela, Daniel Angeli…) illustre de façon vivante la réalité du métier qui s’apparente plus à un sport de voyou qu’à une activité de gentleman.

L’activité des paparazzis a aussi des implications en termes de droit[3]. Cette activité, à la limite de la légalité, est peu condamnée à titre pénal mais beaucoup plus devant les juridictions civiles. Les dédommagements que touchent les victimes ne découragent pas les publications. Ce n’est qu’un paramètre à prendre en compte dans le calcul coût/bénéfices.

Image 2

Bruno Mouron, Kate Moss lors de la FashionWeek, Paris, 1992

Internet et la multiplication des appareils photos intégrés dans les smartphones marquent une étape voire un déclin de l’activité des paparazzis. Il n’est plus nécessaire de « planquer » pendant des heures ou de mettre en place un couteux dispositif pour pouvoir photographier une star. Une inflation des photographies prises à la sauvette des stars concurrence nettement l’activité des professionnels. Internet en multipliant les plateformes de diffusion tire les prix des clichés à la baisse. De plus, la photographie est devenue une activité banale et quasi quotidienne. Les lecteurs des magazines d’hier s’éloignent (les tirages de la presse people sont en baisse constante depuis des années) pour s’intéresser à la vie de leur cercle proche. Comme le dit justement André Rouillé, « nous sommes devenus paparazzis de nous-mêmes »[4].

La dernière partie de l’exposition est consacrée à l’influence de « l’esthétique » de la photo paparazzi (ou plutôt son absence d’esthétique) sur l’art contemporain. Cette section est la moins pertinente car les exemples sont finalement assez rares bien que percutants (Alison Jackson ou Cindy Sherman).

Cette exposition étudie donc un phénomène qui semble connaître sinon un déclin du moins des évolutions majeures comme le photojournalisme en général. Son entrée au musée semble être le signe de son institutionnalisation et de la reconnaissance comme un phénomène socialement accepté et dont l’aspect subversif semble appartenir au passé. Cette muséification des paparazzis est-elle légitime ? Au vu des impacts que cette profession a sur notre façon de regarder le monde c’est indubitable.

Image 3

Anonyme, (Agence Pierluigi),Anita Ekberg à la sortie de l’avion, 1959

Florent BARNADES

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[1]Paparazzi ! Photographes, stars et artistes, Flammarion/Centre Pompidou Metz, collection Skira, février 2014, 320 pages.

[2] Idem, Nathalie Heinich, p.98.

[3] Idem, Article de Marion Varino et Nicolas Maubert, op. cit., p.153-159

[4]Op. cit., p.199.