• Apprendre à lire et apprendre à voir

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  • MEDIA-TERRORISME ET CONTENTION MEDIATIQUE

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  • Tout le monde décrypte !

    Tout le monde décrypte !

édito

Tout le monde décrypte !

Le lancement de la nouvelle formule de decryptimages.net doit être l’occasion d’une mise en perspective. Rappelons-le, lorsque ce site apparut en 2008 (lancé officiellement le 17 mars 2009), rassemblant les ressources de sites antérieurs créés depuis 2000 par l’Institut des Images (imagesmag, imageduc, primages), le mot « décrypter » n’était pas du tout à la mode. Nous avons eu de longs débats. La notion d’analyse nous semblait la bonne mais n’était pas très attirante (analysimages...). Nous nous sommes portés ainsi vers cette notion de décryptage, qui est le fait d’aller chercher le sens de ce qui est codé, crypté –quand il y a lieu...

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Le nouvel esperanto ?

Georges Perec avait composé un roman, la disparition, sans utiliser la lettre E. Dans cet ouvrage Xu Bing nous raconte la journée ordinaire d’un travailleur du secteur tertiaire et ses aventures somme toute banales dans une grande ville. Tout cela sans un mot. L’histoire se passe quelque part dans le « village global » : ce personnage sans nom peut être nord-américain, européen ou asiatique. Aucun indice ne trahit jamais sa véritable origine. Toute la culture de l’archipel mondial urbain est rassemblée et traduite en signe : langage informatique et internet du monde du travail, référence culinaire, musique, interactions humaines amicales et amoureuses… Les conversations ne sont ni profondes ni philosophiques : elles rendent compte de ce que peut être le bavardage quotidien qui meuble le silence. Rien de grand non plus dans les événements. Quotidien trop quotidien, pour plagier Nietzsche.

Ce livre est donc un tour de force. Raconter sans dire. Cependant, comme ce mode d’expression n’est constitué que d’une partie de nombre langage, son exclusivité oblige à un effort intellectuel. Même si tout est clair et évident, l’enchaînement des symboles fait parfois perdre le fil du récit. Nous sommes habitués à voir ces pictogrammes émailler nos phrases pas les constituer. Cette histoire ne se lit pas aussi rapidement qu'on pourrait le croire. Et c’est ainsi que cette performance devient un peu plus qu’un tour de force intellectuel. Derrière cette aventure qui commence par un point noir et finit par un point noir, c’est la dénonciation de la répétitivité aliénante du quotidien qui est dénoncée. Même sur un ton badin. La vie de cet anonyme enfermée dans cet univers graphique est finalement un reflet grossissant de notre quotidien. L’histoire ne dit pas si l’action se passe sous une dictature ou dans une vraie démocratie. Cela a peu d’importance car l’aliénation n’est pas d’ordre politique. Elle réside dans la répétitivité sous entendue par la boucle que forme le récit. Cette histoire sans mots est à la fois un exercice intellectuel sur l’importance de l’uniformisation de la vie et donc du langage mais aussi un plaidoyer pour une prise de conscience de l’emprisonnement que peut créer le quotidien.

Derrière une apparente performance graphique, Xu Bing nous livre de surcroît une réflexion profonde sur l’humaine condition de l’habitant du monde globalisé. Ce petit ouvrage est une œuvre d’art à part entière car elle porte en elle une polysémie intellectuellement stimulante.

Florent BARNADES