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édito

Tout le monde décrypte !

Le lancement de la nouvelle formule de decryptimages.net doit être l’occasion d’une mise en perspective. Rappelons-le, lorsque ce site apparut en 2008 (lancé officiellement le 17 mars 2009), rassemblant les ressources de sites antérieurs créés depuis 2000 par l’Institut des Images (imagesmag, imageduc, primages), le mot « décrypter » n’était pas du tout à la mode. Nous avons eu de longs débats. La notion d’analyse nous semblait la bonne mais n’était pas très attirante (analysimages...). Nous nous sommes portés ainsi vers cette notion de décryptage, qui est le fait d’aller chercher le sens de ce qui est codé, crypté –quand il y a lieu...

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Albert Capellani, De Vincennes à Fort Lee

 

Cette rétrospective à la Cinémathèque française avait été annoncée depuis 1999, c’est dire combien ce travail sur Capellani était attendu, comme le rappellent Jean A. Gili et Éric Le Roy dans l’introduction du numéro. La carrière de Capellani se décline en effet en deux temps, le cinéaste ayant quitté la France dès la déclaration de la Première Guerre mondiale pour s’installer aux États-Unis comme le souligne également le sous-titre du numéro De Vincennes à Fort Lee. Considéré comme le plus grand réalisateur français avant son départ, son œuvre américaine, bien que prolifique, a été déconsidérée en France et Capellani ne retrouva jamais la place dont il bénéficiait chez Pathé, premier producteur mondial avant la guerre. Le numéro reprend cette bipartition en proposant une première partie consacrée à sa production française et une seconde centrée sur sa carrière américaine.

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portrait de Capellani : Albert Capellani, Cinémathèque française

La grande qualité de cette publication est de replacer Capellani, « chaînon manquant entre Lumière et Renoir » selon Philippe Azoury[1], dans l’histoire du cinéma muet en justifiant, à travers les différents articles proposés, le rôle de précurseur qu’on voudrait lui attribuer. C’est notamment dans la composition des cadres et l’agencement du récit à l’échelle du long-métrage que l’art de Capellani est remarquable et en avance sur ses pairs. Richard Abel, qui ouvre le numéro, souligne à ce sujet dans son article « Capellani avant Griffith 1906-1908 », que la mise au point de nombreux procédés attribués à Griffith ont été en réalité initiés par Capellani. Abel note par exemple une utilisation dramatique du gros plan dès 1906 dans Le Chemineau ou encore l’usage inventif d’un « collage d’images » avec le triptyque de L’Homme aux gants blancs (1909) qui trouve son inspiration dans la pièce originale de Georges Docquois, dont le film est l’adaptation.

 

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photogramme : L’'Assommoir (Capellani 1908 - Pathé)I

l est question à plusieurs reprises dans ce volume de la transposition de l’écrit à l’écran par Capellani, directeur artistique de la SCAGL, succursale de Pathé spécialisée dans l’adaptation des chefs-d’œuvre du patrimoine littéraire français. Deux articles partent en effet de la question de l’adaptation pour louer la qualité stylistique des films de Capellani et démontrer combien le cinéaste développe un langage proprement cinématographique et novateur, à partir d’œuvres littéraires classiques[2]. L’analyse du regard porté par Capellani sur les œuvres littéraires qu’il choisit d’adapter est en effet primordial pour remettre les films dans leur contexte de production comme le souligne Pierre-Emmanuel Jaques dans « Notre-Dame de Paris. Entre histoire locale et analyse des modes de représentation ».

 

Albert Capellani n’ayant laissé aucune archive personnelle, les rédacteurs de 1895, Revue d’Histoire du Cinéma, publication à haute teneur scientifique, ont néanmoins réussi à pallier les faiblesses d’une documentation éparse, en menant des analyses approfondies des films. Cette absence d’archives constitue la grande difficulté à laquelle se heurtent les chercheurs qui travaillent sur l’œuvre du cinéaste, malgré le dynamisme et la détermination de son petit-fils Bernard Basset-Capellani, qui livre ici son témoignage dans « Il était une fois Albert Capellani… ».

Ce recueil d’articles, rédigés par des spécialistes originaires des deux côtés de l’Atlantique, permet de découvrir de nombreux aspects de la carrière et la production d’Albert Capellani, tout en nous éclairant sur tout un pan de l’histoire du cinéma muet français. Éric Le Roy, directeur des Archives françaises du film du CNC, fait le point sur l’état de la recherche en dressant une filmographie - à partir de filmographies existantes mais incomplètes ou erronées - qui ne peut prétendre à l’exhaustivité, mais qui relève d’un minutieux travail qui se veut le plus fiable à ce jour. Concernant également les différentes copies des films, François Amy de la Bretèque revient sur l’histoire de Notre-Dame de Paris dont la copie, considérée comme perdue, fut retrouvée dans les années 1980 dans une collection de bobines d’un antiquaire héraultais. Mariann Lewinsky, qui coordonna les deux rétrospectives Capellani à Bologne, rappelle également le travail effectué par les archives italiennes dans « Capellani ritrovato. Recherche des copies et restauration », alors qu’un autre article est consacré exclusivement à la restauration des films de Capellani conservés aux Archives françaises du film du CNC[3].

Ce recueil de textes, accompagné d’une belle iconographie, se singularise par son approche méthodologique, et fait avancer la recherche, en se distinguant notamment de la démarche plus classique de la biographie de Capellani écrite par Christine Leteux, Albert Capellani, cinéaste du romanesque, sortie au même moment 


[1] Philippe Azoury, « Albert Capellani, le chaînon manquant entre Lumière et Renoir », in dossier de presse de la rétrospective Capellani, Cinémathèque française, pp. 2-3 : http://www.cinematheque.fr/data/museo/cycles/fichiers/dossierpresse_77b636fd-a023-4525-b9cb-000000000297.pdf.

[2] « De l’écrit à l’écran, Les Misérables », par Lucien Logette et « De la tradition littéraire à la modernité cinématographique, Germinal », par Béatrice de Pastre.

[3] « La restauration des films d’Albert Capellani détenus par les Archives françaises du film (CNC) », par Caroline Patte.