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  • MEDIA-TERRORISME ET CONTENTION MEDIATIQUE

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  • Tout le monde décrypte !

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édito

Tout le monde décrypte !

Le lancement de la nouvelle formule de decryptimages.net doit être l’occasion d’une mise en perspective. Rappelons-le, lorsque ce site apparut en 2008 (lancé officiellement le 17 mars 2009), rassemblant les ressources de sites antérieurs créés depuis 2000 par l’Institut des Images (imagesmag, imageduc, primages), le mot « décrypter » n’était pas du tout à la mode. Nous avons eu de longs débats. La notion d’analyse nous semblait la bonne mais n’était pas très attirante (analysimages...). Nous nous sommes portés ainsi vers cette notion de décryptage, qui est le fait d’aller chercher le sens de ce qui est codé, crypté –quand il y a lieu...

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Cachez ces corps...

 

Le deuxième constat est que cette exposition fut déjà montrée à Lyon et Marseille sans être interdite – comme si seuls les Parisiens ne pouvaient supporter sa présence. Elle a circulé dans le monde sans interdiction. Par honnêteté vis-à-vis des internautes, je dois dire que j'avais choisi de ne pas la visiter.

COMMENT

Paris, origine du genre

Les faits allégués pour l'interdiction reposent sur l'origine des corps (chinois) et leur nature (des condamnés), participant à un marché douteux des organes.

La pratique a pourtant été lancée par Gunther von Hagens, directeur de l'Institut de plastination de Heidelberg, qui pratiqua même en 2005 des autopsies à la télévision anglaise, censément pour apprendre l'anatomie au public. Dès 1997, il lança des expositions itinérantes à succès et à scandale, Körperwelten ou Body Worlds, modèle de Our Body. Il publie immédiatement un communiqué pour affirmer que « ses » corps sont essentiellement allemands et viennent de dons volontaires. Néanmoins, il ouvre à Berlin en mai 2009 une nouvelle exposition dans laquelle deux écorchés copulent et parle même "d'animer" à l'avenir ses cadavres siliconés, escalade programmée dans le scandale publicitaire.


Honoré Fragonard (1732-1799), frère du peintre, reste dans l'histoire comme le premier anatomiste à réussir à conserver des corps écorchés qu'il met en scène et sont toujours visibles au Musée Fragonard à l'école vétérinaire de Maisons-Alfort tout près de Paris.

Alors, les corps anciens sont visibles et les corps récents interdits ?

NOTRE ANALYSE

Gore business

Ce cas de censure est très intéressant. En effet, il s'applique à une initiative qui pourrait juste susciter un boycott, l'échec économique étant le meilleur moyen d'arrêter ce qui n'est propagé que par intérêt financier. Là, par une interdiction assez étrange, cela redonne un intérêt sulfureux à ce qui n'est que du « gore business ».

Du coup, faut-il fermer le Musée Fragonard ? Et que penser de l'admirable exposition L'Ame au corps sur les rapports entre art et sciences en 1993 au Grand Palais ?


Les images scientifiques font désormais partie de l'inconscient collectif. Elles ont même été propagées par les artistes, comme Rembrandt avec La leçon d'anatomie. Elles sont détournées de fait de leur sens premier et peuvent même susciter des commerces douteux. Mais faut-il interdire ce qui a déjà été présenté ? Ou en interdire sa publicité ? Ou simplement ne pas en parler ?

Ce cas pose la question de la censure, celle du détournement d'une pratique scientifique et celle des limites dans l'insoutenable.

A titre personnel, j'exècre ces horreurs, en film ou dans les expositions. L'histoire nous a trop montré de monstruosités pour ne pas en faire un spectacle voyeuriste.