• Hergé entre au palais

    Hergé au Grand Palais à Paris, c’est une scène digne du Sceptre d’Ottokar. L’auteur lui-même ne l’aurait pas cru : exposer sur les murs où Picasso ou Monet ont été présentés…

    Décryptons un peu la chose. Ou essayons. En commençant par réfléchir à l’usage du mot « décryptage » lui-même.

    Ce mot « décryptage » connaît une vogue insensée. A mesure que nous recevons des tsunamis d’informations mélangées, seconde après seconde, désormais tous les médias décryptent. A croire d’ailleurs que tout est codé et que nous vivons dans un monde d’espions. Pas étonnant ainsi que les théories du complot fassent florès. Un des effets positifs cependant réside dans le fait que désormais, parmi tant de décryptages qui n’en ont que le nom, s’est produit un saut qualitatif avec de réelles enquêtes et de réels travaux étayés.

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  • L’histoire mondiale des images, s’initier en 10 étapes-repères

    Nous vivons désormais partout sur la planète dans l’ubiquité permanente entre ce que nous voyons directement et ce que nous voyons indirectement (généralement par écran interposé). Comment alors penser que ce monde des images n’ait pas transformé profondément le fonctionnement des sociétés humaines et les imaginaires individuels dans notre réalité locale-globale ? Voilà pourquoi, à tout âge, il est devenu primordial de se situer dans le déversement incessant de tout et n’importe quoi, d’images, textes et sons que nous ne savons pas qualifier. Les repères en histoire générale de la production visuelle humaine sont devenus ainsi la base de savoirs indispensables si nous voulons échapper aux sociétés du contrôle et à l’instrumentalisation pour des raisons commerciales ou idéologiques.  Au XXIe siècle, apprendre à voir est devenu un impératif civique, autant qu’apprendre à lire. Cette exposition apporte des repères dans le temps, dans l'espace et sur les supports d'images. Elle est la base de nombreux développements possibles et peut se compléter par le livre (disponible sur www.lulu.com ).

    Cliquez ici pour demander l'exposition complète

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  • Carambolages : fertilité visuelle ou accident muséographique ?

    L’exposition lancée en mars 2016 au Grand Palais à Paris avec un catalogue-objet constitue un cas de figure passionnant. Nous l’avions évoquée avec son commissaire Jean-Hubert Martin dans l’émission [decryptcult]. Elle est en effet très révélatrice de beaucoup d’aspects concernant l’usage des expositions aujourd’hui comme celui de notre univers d’images et des pratiques de recherche et d’éducation.

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  • Cabu, Charb, Tignous, Wolinski

    En souvenir de Cabu et des membres de la rédaction de Charlie hebdo assassinés en ce jour, quelques images de Cabu invité de l'émission [Decryptcult] il y a presque un an jour pour jour. 

     

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  • Les révolutions arabes. Une nouvelle génération de photojournalistes

    L'exposition Oeil pour oeil, 5 ans de Signature se poursuit encore pendant une dizaine de jours à l'Hôtel de Sauroy. Elle sera l'occasion d'une rencontre à laquelle est associé [Decrytimages] autour du regard porté sur les révolutions arabes en compagnie des photographes Bruno Amsellem et Johann Rousselot.

    Rendez-vous mardi 3 juin à 19h à l'Hôtel de Sauroy.

    Pour plus d'informations sur le festival : http://www.signatures-photographies.com/vitrine/fr/news/oeil-pour-oeil-5-ans-de-signatures

    Voir également le site du Musée français de la photographie qui co-organise la rencontre : http://www.museedelaphoto.fr/?p=3706

     

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A la une...

C'est quoi, la réalité ?

par Alexandra Miranda, Imagesmag, 2000

Internet offre aux publicitaires la possibilité de mêler la fiction et la réalité. Le brouillage n'a jamais été aussi dense, même si cette pratique remonte aux "poissons d'avril" lancés régulièrement par les journalistes. Cette confusion, volontairement créée dans des buts commerciaux, crée une "réalité vraisemblable" difficile à démonter.

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QUOI

Un journal diffusé sur internet

Il s’agit de la une d’un journal local américain (Burkittsville, Maryland) diffusé sur internet. On peut y voir l’annonce du reportage principal avec une photographie de presse prise lors d’une interview télévisée devant un tribunal, ainsi que de la publicité et des liens vers des sites plus ou moins probables. Qu’a donc ce site de particulier ? Rien, si ce n’est que tout y est entièrement fictif.

Burkittsville

Si Burkittsville est une ville bien réelle (avec une population d’environ 200 personnes, qui d’ailleurs ont réalisé leur propre site internet afin de clarifier la situation), le site est par contre une invention publicitaire pour promouvoir la sortie d’un nouveau film, Blair Witch 2 : Book of Shadows, dont la trame joue constamment sur des notions de réalité et de fiction.

Une nouvelle fiction

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Ce film est présenté comme la suite de Blair Witch Project, grand succès cinématographique réalisé avec des moyens très modestes comme un documentaire dans le style des vidéos d’amateur (à la façon du film-culte de George Romero, Night of the Living Dead, de 1968, autre réalisation à petit budget). Dans la nouvelle fiction, un groupe de jeunes part à la recherche de la vérité après avoir regardé le film Blair Witch Project.

COMMENT

Un film parodique

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En jouant avec la conception que la plupart des gens ont de la réalité, le site fait penser au film parodique réalisé par Rob Reiner, This is Spinal Tap (1984) que beaucoup de gens avaient pris pour un vrai documentaire sur un groupe de rock décadent à la mode.

Les "poissons d'avril"

Le procédé rappelle également les “poissons d’avril” dans les journaux, à la télévision ou à la radio, lorsque des personnalités éminentes du monde de la presse s’amusent à tromper le public en diffusant de fausses informations ou des reportages bidons. La tradition des farces du 1er avril remonte au XVIe siècle, quand le calendrier julien a été remplacé par le calendrier grégorien : on se moquait de ceux qui fêtaient par erreur la nouvelle année à l’ancienne date, le 1er avril, en les traitant de “fous d’avril”.

Image montrant La récolte des spaghetti, canular du 1er avril 1957 de la BBC

Un des poissons d’avril les plus célèbres de la télévision est celui de Richard Dimbleby, présentateur respectable de l’émission Panorama à la BBC, qui, le 1 avril 1957 affirma que le printemps était venu prématurément cette année-là, provoquant la moisson précoce des spaghettis en Suisse. Une vidéo montrait des paysannes contentes faisant la récolte des spaghettis dans les arbres. Le standard de la BBC avait été saturé par la quantité de gens appelant pour avoir plus de renseignements sur ce phénomène…

Une société de commerce fictive sur internet

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Pour poursuivre sur le thème de la distinction entre réalité et fiction : La BBC diffuse actuellement une émission qui s’appelle Attachments, comédie autour d’une société de commerce sur internet ; le site que les héros du film sont censés gérer est en fait accessible sur le réseau à l’adresse seethru.co.uk ; il est mis à jour régulièrement en fonction des évènements se déroulant dans la comédie. Par exemple, si dans la série, les héros réussissent à conclure de bons marchés ou à négocier des mécénats d’entreprise, le ‘véritable’ site (les liens, le contenu…) est visiblement amélioré ; et inversement...

NOTRE ANALYSE

Halloween

La date choisie pour la sortie du film coïncide délibérément avec Halloween, alors qu’un nombre croissant de magasins, de commerces et de sites internet (par exemple, noos.fr) font usage de cette iconographie et de ce symbolisme immédiatement identifiables (les citrouilles, les sorcières, les squelettes, les fantômes…), comme stratégie de marketing et de ventes entre la rentrée et Noël. Le genre de l’horreur est ainsi devenu incroyablement lucratif.

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L’authenticité

bookofsh_onCette page internet est accessible depuis une partie du site officiel, intitulée Shadow of the Blair Witch, prétendu reportage qui prépare la sortie du nouveau film en excitant la curiosité avec la diffusion d’images telles que la photographie d’un suspect emmené par des policiers. Sur notre page fictive, c’est un procès qui fait le titre principal, avec une photographie prise lors d’une interview télévisée avec la mère du suspect, devant le tribunal.

La caméra, la cameraman et l’interviewer apparaissent très visiblement sur l’image afin d’accroître l’impression d’authenticité du reportage. Au bas de la page, des liens sont proposés avec d’autres reportages concernant ce procès fictif, avec différentes émissions d’actualité et également avec des sites véritables réalisés pour la promotion du site.

Les liens

Les liens qui sont faits à partir du site fictif vers des sites réels ajoutent encore à la confusion et rendent totalement inopérante la distinction entre suppositions et certitudes. Les sites internet proposent souvent des liens vers d’autres sites, qui à leur tour ont des liens avec d’autres encore… contribuant à l’extension d’un immense réseau de connections. Le site en question, véritable agent de promotion et de publicité, utilise les propriétés de la toile pour relier les différents niveaux de fiction en un réseau, créant une forme de réalité vraisemblable.

Mots-clés: À partir de 15 ans